09.04.2008

John Adams : Join or Die

La fin d'un semestre à la fac m'offre enfin quelques heures de battement pour retrouver les joies du net.

J'ai longuement hésité pour choisir mon sujet de retour. Il faut dire que ce début de mois d'avril est placé sous le signe d'une renaissance pour le sériephile frustré par ces quelques mois de grève américaine. Je voulais donc commencer par une note d'enthousiasme pour marquer la fin d'une période de disette.
Je pourrais bien entendu vous parler du season premiere de Battlestar Galactica diffusé vendredi dernier, qui marque le (faux) début de la fin (puisque la diffusion de la saison 4 sera coupée en deux par Sci-Fi). Je pourrais jubiler devant le season premiere de Doctor Who, de samedi dernier et vous dire combien l'équipe qui s'annonce entre le docteur et Donna me semble prometteuse et enthousiasmante, et combien Catherine Tate est extra.

Mais j'aimerais plutôt vous parler d'Histoire, avec un grand H. Serait-ce de la reprise de The Tudors sur Showtime, avec une saison 2 résolument plus sombre à défaut d'être plus rigoureuse historiquement parlant ? Même pas.

Non, je veux évoquer une mini-série enthousiasmante qui va bientôt toucher à sa fin, comportant sept trop courts épisodes, et qui complète merveilleusement le week-end du sériephile après les explosions de science-fiction du vendredi et du samedi soir. Une série qui manie l'histoire et la politique, pour le plus grand bonheur de la téléspectatrice que je suis et dont on n'a pas suffisamment vanté les mérites dans la petite sphère du web francophone.
Oui, vous avez deviné, je veux bien entendu parler de John Adams, mini-série diffusée sur HBO depuis mars dernier.

 

De quoi ça parle ?
Basée sur la biographie écrite par David McCullough, John Adams explore l'Histoire américaine à travers la vie d'un de ses plus célèbres pères fondateurs : John Adams (30 octobre 1735 - 4 juillet 1826). Acteur important de la Révolution américaine, John Adams fut le premier vice-président des tous nouveaux États-Unis d'Amérique sous la présidence de Washington, il devint le deuxième président de ce pays (1797-1801). La série se propose de nous faire suivre à travers ce personnage historique la naissance tourmentée des Etats-Unis, du Massacre de Boston en 1770, au cours duquel il défendit les soldats britanniques accusés, jusqu'à sa mort en 1826, le même jour que son ami et opposant, Thomas Jefferson, cinquante ans jour pour jour après la déclaration d'Indépendance.

C'est avec qui ?
Paul Giamatti, Laura Linney, Stephen Dillane, Danny Huston, David Morse, Sarah Polley, Tom Wilkinson, Rufus Sewell...   

Petit plus sympathique : La mini-série nous offre un générique sobre, assorti d'une petite musique entraînante qui nous immerge dans ces jeunes années aux origines des Etats-Unis.  

 

Avis après le visionnage des cinq épisodes diffusés à ce jour (sur les sept que comptera la série) :

Intriguée par le sujet, mais aussi relativement méfiante au vu des antécédents américains pour traiter de cette période, c'est avec une certaine prudence que j'ai attaquée cette mini-série de HBO. Finalement, cette découverte fut une agréable surprise. Plus qu'un bon moment de télévision, certains épisodes se révèlent être vraiment de la grande télévision, comme on n'en voit pas suffisamment dans notre petit écran. 

Je me suis donc laissée prendre par le souffle d'une histoire que je connaissais au fond seulement dans les grandes lignes (défaut corrigé depuis par une descente effectuée au rayon consacré au sujet à la bibliothèque). J'ai aussi acheté la biographie de McCullough dont la série est tirée, mais ne la lirait qu'une fois la diffusion achevée, histoire de combler les blancs dans cette "histoire accélérée".
L'angle choisi par la série pour exposer les évènements reste très américain. Il ne s'agit pas de porter à controverse, mais seulement d'exposer d'un point de vue académique et relativement pédagogique ces années tumultueuses de la naissance des Etats-Unis. Chaque épisode couvre plusieurs années, suivant un certain fil rouge. Le premier épisode traite du Massacre de Boston. Le second (vraiment excellent) nous conduit à la Déclaration d'Indépendance. Le troisième nous permet de suivre Adams dans ses (vains) efforts diplomatiques pour demander l'aide de pays européens dans la guerre d'indépendance. Le quatrième suit la carrière diplomatique d'Adams, toujours en Europe, dans les premières années d'existence des Etats-Unis, se clôturant par l'élection de Washington à la présidence. Le cinquième (très convaincant !) évoque les années de frustration et de turbulences politiques de la présidence de Washington, Adams rongeant son frein, confiné au rôle qu'il découvre ingrat de vice-président. Deux épisodes restent encore à diffuser par HBO.

C'est une fiction en costume à la réalisation très figée. Il y a un côté théâtral, accentué par l'importance des débats et des discussions, où l'intérêt réside uniquement dans les arguments échangés. La densité des dialogues sont une des forces de la série -amateurs d'action passaient votre chemin. Dans cette perspective, l'épisode 2, qui se concentre sur les débats du deuxième congrès continental concernant l'opportunité de prononcer ou non l'indépendance, sont très illustratifs. Cet épisode est d'ailleurs excellent car il parvient à retranscrire l'ambiance électrique, les enjeux complexes et l'importante division initiale des treize colonies. Les orateurs rivalisent d'une éloquence souvent vaine, sans avancée significative, mais qui illustre le tumultueux processus qui a conduit à la Déclaration d'Indépendance.

Le sujet est incontestablement passionnant -il aiguisait dès le départ ma curiosité-, mais la façon de le traiter permet à la série d'atteindre un certain équilibre. Ce n'est pas un "docu-fiction", mais on n'évite pas non plus les discussions enflammées et l'exposé succinct d'idéologie philosophique diamétralement opposée. La mini-série sait parfaitement capter et retranscrire ce tourbillon d'idées que constitue la fin du XVIIIe siècle. Les épisodes 4 et 5 sont très révélateurs de cette approche, la révolution française venant un peu plus le trouble dans les rangs des pères fondateurs, radicalisant certaines positions. C'est à travers la relation entre Adams et Jefferson que la série choisit d'expliquer ce paysage complexe. On glisse peu à peu de l'amitié à des discussions qui se transforment en opposition, les manoeuvres politiques achèvent de consacrer cette rupture. Cette scission idéologique se retrouve sur la scène politique, et même au sein de la société américaine. Entre les partisans d'un pouvoir central fort pour qui le mot "ordre" est un leitmotiv, et les vues relativement anarchiques d'un Jefferson qui a gardé les accents révolutionnaires de son passage dans la France de 1789 ("the tree of liberty must be refreshed from time to time with the blood of patriots and tyrants" -Episode 5, "Unite or Die"), il y a une irréconciliable opposition dans la façon même de concevoir le rôle du gouvernement. La Constitution est encore jeune, quelle est l'interprétation qui prévaudra ?

La France, justement, n'est pas absente de la série. Envoyé en tant que représentant diplomatique pour obtenir de l'argent, les moeurs de la cour de Louis XVI seront fort peu au goût de John Adams. Le contraste entre le puritanisme protestant d'un habitant de la Nouvelle-Angleterre, et la décadence hédoniste de cette cour dans laquelle Benjamin Franklin, lui, se complaît pleinement, est vraiment saisissant. Abigail, venue rejoindre son mari, se laissera d'ailleurs séduire par ses frivolités parisiennes tout comme Jefferson. Les épisodes 3 et 4 se passent en majorité en Europe, nous immergeant dans les coulisses d'une diplomatie pragmatique, très rigide et formelle, ce qui n'est pas du goût du toujours très direct John Adams. Ce dernier devient d'ailleurs le premier ambassadeur des Etats-Unis en Angleterre : sa rencontre avec George III offre une confrontation impressionnante. 

 

 

Cependant, en dépit de toute cette glorieuse compagnie, il convient de préciser que le sujet de la mini-série est bien la vie de John Adams, non spécifiquement ce paysage politique troublé. Nous suivons certes la vie publique de John Adams, qui se confond avec la naissance des Etats-Unis, mais aussi sa vie privée. Ses relations avec Abigail, épouse intelligente en avance sur son temps, mais également, ses liens plus conflictuels, avec ses enfants. L'intérêt de cette double perspective est de permettre au téléspectateur de découvrir aussi les moeurs de l'époque, et surtout les rapports d'autorité pouvant exister au sein de ces familles d'un certain standing, de la Nouvelle-Angleterre. Nous découvrons une autre facette de John Adams, qui régit d'une main de fer sa famille, patriarche péremptoire qui ne saurait souffrir de la moindre contradiction. Mais là encore, la vie privée rejoindra, à terme, la vie publique. En effet, les Adams, deux siècles avant les Bush, inaugureront la première "dynastie" présidentielle. John Quincy Adams deviendra le sixième président des Etats-Unis. C'est donc le façonnement d'un futur président auquel nous avons droit, celui d'un fils contraint de suivre un chemin qu'il n'a pas choisi par un père qui tranpose sur lui ses propres ambitions.

Le casting est assez impressionnant. La prestation de Paul Giamatti fait débat aux Etats-Unis parmi les critiques. Trop frustré, il ne parviendrait pas à retranscrire pleinement la dimension intellectuelle de John Adams. La personnalité de l'homme étant elle-même sujette à certaines controverses, je vais laisser ce débat aux spécialistes et avoir un regard de simple téléspectatrice : Paul Giamatti sait rendre son personnage conflictuel, il fait passer toute la frustration et l'exaspération qui accompagne le personnage sans conteste brillant, mais impétueux et péremptoire qu'il incarne. Quant à savoir si c'est le "vrai" John Adams ou non, c'est un autre débat... Il est en tout cas bien secondé dans sa tâche par Laura Linney, qui joue une Abigail posée et réfléchie, femme en avance sur son temps à bien des égards, elle est sans doute la "conseillère" la plus écoutée de son mari.
Le casting des autres Pères Fondateurs se révèle tout aussi judicieux. Les sériephiles reconnaîtront un David Morse d'une stoïcité à toute épreuve (House MD) qui incarne un George Washington à l'aura quasi-mythique. Il surnage dans cette mêlée d'ambition. La mini-série s'attarde très (trop ?) peu sur ce personnage, mais l'épisode 5 permet de l'humaniser un peu. Tom Wilkinson incarne avec inspiration et talent un Benjamin Franklin tel que la mémoire collective s'en souvient, proprement réjouissant. Cependant, l'acteur qui tire le mieux son épingle du jeu est sans conteste Stephen Dillane, qui retranscrit parfaitement la complexité et la richesse d'un Thomas Jefferson nuancé, parfois contradictoire, mais toujours très intense. La série s'attarde d'ailleurs sur l'amitié -puis la rivalité- entre Adams et Jefferson, les épisodes 4 et 5 nous offrent notamment des échanges entre eux particulièrement réjouissants, débats philosophiques sur la nature humaine et la conception de l'Etat qui résument finalement des vues devenues classiques et irréconciliables.  

Le seul réel défaut de la série tient en réalité en son format : sept brefs épisodes d'une heure (même si un extra de vingt minutes est accordé au deuxième épisode consacré à la déclaration d'indépendance) pour résumer un demi-siècle d'Histoire, avec la complexité des évènements racontés, c'est bien trop court. Si chaque épisode s'ouvre sur une référence à une date précise, les années défilent ensuite au cours de l'épisode, sans plus de références explicites. Si bien qu'il faut quand même un minimum de connaissances des évènements pour que le téléspectateur suive la chronologie "synthétique/accélérée" de la série. On évalue alors le passage des ans de l'apparence plus âgée des personnages, ou de la croissance des enfants Adams. On est alors un peu frustré, et certaines scènes perdent en intensité en raison du côté trop ramassé de la narration. On a l'impression par moment que dans cet effort de synthèse, les scénaristes en perdent un peu aussi leur plume, s'efforçant finalement de dire un maximum de choses, en un minimum de temps et de dialogues. L'exercice n'est pas toujours aisé et donne un peu le sentiment parfois de sauter des étapes ou de semi-avances rapides, mais cela n'altère cependant pas la cohérence et la force du récit, laissant simplement quelques regrets en pensant que la série aurait pu être encore plus convaincante si elle avait pu prendre plus son temps. Frustration du téléspectateur qui aurait aimé voir certains aspects plus développés.

Bilan : John Adams est une fresque historique très intéressante, parfois vraiment passionnante (les épisodes 2 et 5 m'ont vraiment bluffée), une fiction toujours très académique dans la forme, avec une esthétique agréable et un casting très solide.
C'est une production qui nous plonge dans ces années de naissance des Etats-Unis, à réserver aux amateurs d'histoire, de cette fin de XVIIIe siècle tourbillonante, de belles productions en costume, et que les débats d'idées et autres transactions n'effraient pas.

A ne pas manquer.

Pour un aperçu, visionnez une bande-annonce de la série :

 

15.02.2008

Eli Stone - le pilote

Eli Stone est un drama créé par Greg Berlanti (Everwood, Brothers & Sisters) et Greg Guggenheim (Jack et Bobby). On y retrouve Johnny Lee Miller (Smith), Victor Garber (Alias) et Loretta Devine (Boston Public).
C'est un drama de mid-season qui a début sur ABC en janvier 2008 et pour lequel 8 épisodes ont pour le moment été commandés. 



Ca parle de quoi ?
Eli Stone s'est construit une carrière pleine de succès, il travaille aujourd'hui pour les plus grandes et riches entreprises de la côté ouest des Etats-Unis. Mais après avoir expérimenté une série d'étranges halucinations, Eli tente de trouver un sens plus profond à sa vie tout en essayant de ne pas perdre son travail et de ne pas détruire la relation qu'il a avec la fille de son patron. Après avoir découvert un anévrisme dans son cerveau, il se demande si sa condition est vraiment médicale ou s'il n'est pas devenu un véritable prophète avec des capacités supérieures et une mission sur Terre.

Et alors ?
L'épisode s'ouvre sur une série complètement décalée où Eli, en costard armani, crapahute sur les montagnes en Inde, sous les yeux abasourdis de ses deux guides qui se demandent sur qui ils sont tombés. Ce pilote va donc nous expliquer comment il en est arrivé là.
En effet, a priori, Eli est l'archétype du jeune avocat ambitieux, qui a réussi, fiancé à la fille de son patron (bref, sur une voie royale professionnellement parlant)... Jusqu'au jour où les rouages se grippent : il se met à avoir des hallucinations sonores, puis des hallucinations visuelles : George Mickael débarque dans son salon. Un pitch de départ donc assez classique, plus proche des créations juridiques de David E Kelley que de Dick Wolf. Reste que l'on maintient pour le moment une rationnalité plus importante que dans Ally McBeal ou Boston Legal. C'est plus soft et, en un sens, plus innocent par certains côtés. Même si le parallèle apparaît inévitable.

Eli Stone n'est pas véritablement une comédie, on oscille entre les genres. Les hallucinations pourraient être causées par l'anévrisme héréditaire et inopérable qu'Eli se découvre dans l'épisode, une épée de Damoclès terrible pèse soudain sur le jeune homme. Le point fort de l'épisode, c'est qu'à défaut d'être original, il séduit un peu le téléspectateur par son charme finalement sympathique, honnête et sans prétention. L'empathie que l'on éprouve envers ce golden boy qui a tout du regular guy est convaincante.

Pourtant la trame de l'épisode suit des sentiers tellement balisés que l'on tombe aisément dans le cliché. D'autant que l'affaire judiciaire du jour (réaliser que l'on peut faire le bien pour une ancienne amie d'université dont le fils a été victime d'un vaccin défectueux) est loin d'être transcendante, voire même plutôt faible et encore une fois très très convenue. 'avocat qui se rappelle qu'il veut "changer le monde", c'est une prise de conscience terriblement caricaturale.
Les bouleversements qui s'enchaînent dans la vie d'Eli, menant à sa victoire judiciaire contre son propre cabinet (heureusement que le boss est aussi futur-beau-papa), sont assez rythmés et se laissent suivre sans rien révolutionner.

Pourtant, en dépit de cet extrême classicisme, il y a quelque chose dans ce pilote qui m'a fait l'apprécier. Il s'en dégage un petit charme désuet, un peu intemporel, sans doute dû au héros qui parait d'emblée sympathique, très humain. Et c'est finalement cette empathie qui place en second plan tous les autres défauts manifestes de ce pilote.

Bilan : Je qualifierai l'ensemble de sympathique, et pourtant je ne sais pas si la série pourra garder ce charme dans les prochains épisodes, si elle persiste dans tous ces clichés et poncifs du genre. Il faudra qu'elle trouve son propre ton et son identité, et que tout ce background juridique soit plus travaillé. Jusqu'à présent, seules les hallucinationssemblent être recherchées. Ca donne peut être un petit goût d'inachevé.
Et pourtant, j'ai plutôt aimé, je crois. Il y a un potentiel, reste à voir comment les scénaristes vont développer la série (8 épisodes commandés).

Pour un aperçu, visionnez la bande-annonce :

09.02.2008

Ashes to Ashes - le pilote

Diffusée sur : BBC1
Depuis le : 7 février 2008

Avec qui ?
Keeley Hawes (Spooks), Philip Glenister (Life on Mars)...

Ca parle de quoi ?
Ashes to Ashes est une série dérivée de Life on Mars. Une inspectrice de police, spécialisée en psychologie, se retrouve projetée en 1981 après qu'un criminel lui ait tiré dessus.

ATTENTION : Ne pas lire la review de ce pilote sans avoir vu le dernier épisode de la série Life on Mars. SPOILERS susceptibles de gâcher le visionnage / la découverte de Life on Mars.


Et alors ?

Ah, Ashes to Ashes... Sans aucun doute la série que j'attendais avec le plus d'impatience en ce début d'année. Celle pour laquelle j'avais même entouré le 7 février sur mon agenda. Revoir LoM lors de l'achat des coffrets DVD pour leur sortie automnale n'avait fait qu'accroître l'attente. Je ne vous cache que ces derniers jours, les reviews aux tonalités très différentes selon les médias britanniques m'avaient inquiété (même si je n'avais fait que lire à l'insu de mon plein gré les titres des articles).
Au fond, je savais que j'allais être, d'une façon ou d'une autre, déçue, ou du moins nuancée, et qu'il fallait absolument laisser à la série plus qu'un épisode d'adaptation, le "pilote" allait exposer une situation, mais surtout faire le lien avec LoM (et ce finale tragique).
Et donc, finalement ? Beaucoup de choses intéressantes, mais je suis nuancée et vais réserver mon opinion pendant quelques épisodes.

Pour commencer, et malheureusement, en tant que "spin off de LoM", la comparaison s'impose malgré nous. Vous ne pouvez pas commencer par A2A sans passer par LoM d'ailleurs (au risque de vous gâcher complètement LoM), tant la série capitalise sur les évènements de sa grande soeur.
Impossible de voir cela comme autre chose qu'une suite, avec simplement un autre personnage back in time in a coma. Les scénaristes contournent l'écueil du monument LoM en choisissant de garder pour acquis l'ensemble des bases de la série et en n'hésitant à les introduire nommément dans A2A. Alex Drake a lu le rapport où Sam a son expérience en 1973 lorsqu'il était dans le coma. En fin de compte, et paradoxalement, ce choix scénaristique accroît l'impression que l'ombre de LoM flotte sur l'ensemble de ce pilote. Sentiment accru par tous les efforts faits par Alex pour rationnaliser la situation, en se référant constamment à l'expérience de Sam. Ce sont ses bases. Elle essaye de prendre les choses en main, de retrouver le contrôle. Pourtant, le téléspectateur constate que le cerveau de la jeune femme suit des chemins familiers, reprenant finalement les mêmes réflexes que Sam. Le fait d'avoir lu le rapport, de savoir ces informations, est aussi un prétexte pour permettre de retrouver le même univers, avec ces mêmes règles connues (les voix, les messages dans la télévision...)
Alex s'efforce bien de prendre une distance avec les évènements, mais par la même répéte les errements de Sam. Nous avons ainsi droit à ces périodes de déni, où Sam craquait nerveusement. Seulement, Alex sait avec certitude ce qu'il lui arrive. Une certitude qui ne l'empêche pourtant pas de se laisser embarquer progressivement par cette "réalité". Par exemple, lorsqu'elle apprend que Sam "est revenu ici et est mort il y a un an"... Acquérir cette information dans cet univers n'a pas de sens, puisque tout serait une création de son propre esprit selon sa théorie. Or la voilà qui lie son univers à celui créé par Sam, qui ne peuvent être que distincts. Sam n'a pu écrire dans son rapport ce qu'il s'est passé après son suicide, puisqu'il n'en est pas "revenu". Pour une des premières fois de l'épisode, Alex perd véritablement le fil de son effort de rationnalité. Elle s'exclame qu'"il est revenu ici", qu'il y aurait vécu 7 ans. Mais si sa théorie est juste, leurs deux "réalités" ne peuvent être liés. Car dans l'hypothèse contraire, si cela est vrai, cela supposerait une seule réalité évoluant indépendamment, finalement, dans laquelle arriverait les gens plongés dans le coma.
Preuve s'il en était besoin que l'on va probablement retomber dans un schéma classique, avec finalement, une évolution des données de départ qui ne change pas fondamentalement la donne, le premier commandement demeurant "rentrer chez soi".

Si le retour de Gene Hunt est savoureux, les temps ont changé. Cela devient rapidement flagrant. Le personnage n'est pas une copie de l'homme de 1973 qui évoluerait en 1981. Il est plus marqué. Il a "vécu", devenu un vétéran d'une autre époque. Et un sens, si le théâtralisme et les remarques sont toujours là, il y a plus de maturité dans sa posture. Une certaine lassitude aussi. Les deux autres policiers m'ont paru un peu absents, relégués à des rangs subalternes plus caricatures d'eux-mêmes que personnages réels. J'attends de voir si c'est simplement une impression du pilote.
Gene Hunt et Alex ont manifestement une alchimie intéressante. On est bel et bien arrivé au temps de la maturité, sexuelle également, pour nos personnages... Reste à voir quelle direction choisiront les scénaristes, même si on a quelques indications (On nous dit que Gene est séparé de sa femme, notamment). Les intéractions Sam/Gene étaient une des grandes dynamiques de la série et leurs oppositions, une partie de son charme, il faudra voir comment va être la relation entre Alex et Gene.

En lui-même, l'épisode souffre de la comparaison automatique du téléspectateur avec le propre pilote de LoM et la découverte des années 70 par Sam. C'est un processus par lequel il fallait repasser. Evidemment, cela a perdu le charme de la découverte, les interrogations de la première fois, où nous avions l'impression de tout découvrir avec Sam, à travers les yeux de Sam.
A2A change aussi de cadre : nous voici dans les années 80, l'aube de la modernité pour la police. Sur le plan de l'intrigue policière du jour, elle a le théâtralisme habituel qui fait la marque de la franchise, et un lien avec l'histoire d'Alex, comme cela est désormais traditionnel. L'obsession de la jeune femme d'aller au plus vite pour trouver ce qui peut la faire se réveiller brusque les choses. Mais elle a vraiment une raison de se raccrocher au présent/à la vie : sa fille. Pour l'avenir, je suis curieuse de voir comment les scénaristes vont montrer les années 80 -par ex, l'épisode prochain s'annonce intéressant de ce point de vue (cf. la bande-annonce de fin).

Il est trop tôt pour émettre une opinion définitive sur la série, qui gagnera à ne pas rester uniquement dans l'ombre de LoM. Or c'est le fantôme de Sam qui planne véritablement sur l'ensemble de l'épisode. De l'évocation constante de son rapport sur ce qui lui est arrivé dans le coma, jusqu'à l'article évoquant sa mort en 1980, les scénaristes se basent sur LoM. C'est une continuité appréciable, oui. Mais le problème est que cela conduit automatiquement à faire des comparaisons. Or, John Simm est un acteur particulièrement doué pour créer une véritable empathie instantanément avec le téléspectateur (dans tous les rôles dans lesquels j'ai pu le voir). Les actions de son personnage peuvent être irrationnelles, peu appréciées, mais il y a toujours ce petit quelque chose, ce lien indéfectible, qui nous raccroche à son personnage, à son humanité, qui nous raccrochait à Sam. Or Keeley Hawes, aussi convaincante et belle qu'elle soit (j'adore son style années 80, vraiment très classe d'ailleurs), n'a pas la même faculté pour faire naître cette émotion, cette réaction chez le téléspectateur. C'est probablement très subjectif (et peut-être très personnel) comme constat, mais LoM jouait également beaucoup sur l'affectif.
Et c'est cet affectif que je n'ai pas encore retrouvé dans ce pilote, pourtant de bonne facture et qui à mon avis pose des bases pour un futur intéressant. Un manque encore plus pesant que la comparaison avec LoM est automatique étant donné les choix scénaristiques.

Conclusion :
Ne vous laissez pas leurrer par cette review mi-figue, mi-raisin (qui de toute façon, ne pouvait être que nuancée). Ce pilote pose des bases intéressantes et j'ai définitivement envie de repartir dans l'aventure. Voir Alex évoluer en 1981, suivre Gene et les autres dans leurs enquêtes, comprendre les mystères du clown (autre qu'une référence à Ashes to Ashes, la chanson), j'ai envie de revenir.
Je ne crois pas qu'on puisse juger la série sur ce seul pilote. Il fallait faire le pont avec LoM. L'exercice était compliqué, voire impossible. Si le résultat souffre de la comparaison instantanée avec sa grande soeur (pour qui, je l'ai dit, l'affectif jouait énormément), il ne manque pas de promesses.

La suite nous dira si A2A trouve son ton et confirme les choses intéressantes esquissées.

Pour un aperçu, voici la bande-annonce diffusée sur BBC1 :

28.01.2008

Breaking Bad - Le pilote

Dans ce paysage sériephile du mois de janvier, décimé par la grève des scénaristes, les quelques nouveautés lancées  par les chaînes américaines ne déclenchent pas un grand enthousiasme, entre indifférence et agacement, le téléspectateur nage dans un marasme de productions plus ou moins médiocres dont il connaît les ficelles narratives sans doute mieux que les scénaristes eux-mêmes. C'est un peu désespérant. Heureusement, il y a encore le câble pour nous sauver du naufrage des networks. Et notamment une chaîne qui continue d'explorer l'univers des séries. Après Mad Men cet été, voilà que AMC nous propose Breaking Bad.

 


Diffusée sur : AMC (Câble US)
Depuis le : 20 janvier 2008

Avec qui ?
Bryan Cranston (Malcom), Aaron Paul, Anna Gunn, Dean Norris, Betsy Brandt, RJ Mitte.

Ca parle de quoi ?
Breaking Bad relate l'histoire d'un professeur de sciences dans un lycée (Bryan Cranston) souffrant d'un cancer en phase terminale, qui fait usage de ce qu'il apprend chaque jour à ses élèves pour mettre en place un laboratoire de métamphétamines afin de les revendre et gagner de l'argent pour permettre à sa femme et son fils de vivre correctement après son décès. (Source : www.serieslive.com)

Et alors, ce pilote ?
Le pilote diffusé dimanche dernier sur AMC se révèle particulièrement prometteur. S'il ne révolutionne aucun code narratif, il pose très efficacement les bases d'une série qui jete un regard assez sombre sur la société, révélant un réel potentiel. Originellement, la lecture dy synopsis pouvait un instant laisser imaginer un parallèle avec Weeds, mais il n'en est rien. En effet, le ton est très différent, assumant parfaitement son caractère dramatique, tout en ne négligeant pas un certain humour noir que Bryan Cranston parvient à faire ressortir dans des scènes assez ambivalentes. En prenant une certaine distance, le téléspectateur est touché, tout en étant amené à sourire devant certaines réactions. Tout au long de l'épisode, la série cultive cette subtile ambivalence, qui apporte finalement une dimension supplémentaires à toutes ces scènes. Le côté désespéré d'une vie ordinaire confrontée aux difficultés quotidiennes qui s'accumulent est bien retranscrit. L'exploitation est d'autant plus aisée que Bryan Cranston (Malcolm) s'avère très convaincant en quinquagénaire au bout du rouleau, jonglant tant bien que mal avec la médiocrité de son quotidien, prof de chimie confronté à l'ingratitude de ses élèves, agrémenté d'un petit job à côté pour combler les fins de mois déjà difficiles. Le petit portrait de famille qui nous est dressé sonne d'ailleurs assez juste, notamment dans les relations entre les différents membres.

Après nous avoir immergé dans ce marasme quotidien, l'annonce de la maladie est le déclic qui rompt la torpeur monotone qui pesait initialement sur le personnage principal, où il était proche de l'étouffement. Soudain, la perspective change, le ton évolue également. C'est une sorte de libération. Et, pour un chimiste, quelle meilleure idée que de jouer justement... les chimistes avec des substances qui rapporteront suffisamment, afin de constituer un petit pactole pour sa famille ? Après s'être échiné à incarner les professeurs de chimie rangé, mais fauché, on passe à un autre stade. Cette passion scientifique peut être exploitée "pleinement" hors des conventions sociales... et des lois...

Par son ton assez sombre, ces touches d'humour noir, et une écriture subtile qui ne place pas le téléspectateur sous tutelle, cet anti-héros par excellence pique la curiosité. La mise en scène de cette métamorphose est intrigante et aiguise notre intérêt. Certes, il y a quelques défauts "classiques". Notamment le fait que la série succombe à cette mode d'une scène d'ouverture apocalyptique pour ensuite nous projeter "quelques semaines plus tôt", mais ce reproche n'en est pas vraiment un et ne mérite pas de s'y attarder.

Bilan : AMC semble prendre goût à la production de séries. Et c'est une bonne nouvelle. Au vu du désert qualitatif des grands network qu'accentue la grève, on applaudit l'initiative.
Breaking Bad propose donc un pilote prometteur pour une série à surveiller de près.

 

 

Petit aperçu :  

 

05.01.2008

State of Play (Jeux de pouvoir) - Ce soir sur Arte à 22h30

Des (bonnes) raisons de s'installer devant Arte ce soir à 22h30.

Ce soir, il vous faut soit programmer votre magnétoscope, soit mettre en parenthèse votre vie sociale pour venir grossir les rangs des audiences confidentielles de la chaîne franco-allemande. En effet, cette dernière diffuse les deux premiers épisodes d'une excellente mini-série de la BBC. Datant de 2003, elle a déjà été diffusée sur Canal +, mais si vous n'avez pas la chaîne câblée, si vous avez raté la diffusion ou si vous n'avez pas (déjà) acheté, les yeux fermés, les DVD (comme moi), profitez de cette séance bienvenue de rattrapage.

[Le billet qui suit ne contient évidemment aucun spoiler sur la résolution de l'intrigue.]

STATE OF PLAY (Jeux de pouvoir)

Synopsis : Ce matin-là, à Londres, Stephen Collins, député travailliste plein d’avenir qui préside la Commission d’enquête sur l’énergie, se rend en métro à la Chambre, quand la rame s’immobilise : un corps a été trouvé sur la voie. à l’air libre, un jeune Noir tente éperdument d’échapper à son poursuivant, un tueur à visage découvert, qui l’exécute en pleine rue avant d’abattre un témoin qui passait en scooter. Au même instant, dans le hall du Parlement, Stephen Collins s’effondre, suffoqué par l’émotion : il vient d'apprendre que son assistante parlementaire, Sonia Baker, est la victime du métro. Suicide, accident ? à la conférence de presse improvisée hâtivement par son parti, la réaction du député suscite les conjectures : quelle était la nature de ses relations avec la disparue ? Au Herald, l’un des quotidiens en vue du royaume, le rédacteur en chef Cameron Foster flaire le gros coup avec gourmandise.
Mini-série composée de six épisodes.

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State of Play est une mini-série, créée par David Yates (Sex Traffic) et dont le scénario est signé Paul Abbott (Shameless). Diffusée sur la BBC en 2003, multirécompensée, notamment aux BAFTA Awards, elle a été très bien accueillie par les critiques. Elle a même attiré l'attention d'Hollywood, où un film s'en inspirant est actuellement en préparation (en dépit des multiples remaniements de casting qui ont eu lieu dernièrement).

State of Play, c'est aussi un casting de luxe. En tête d'affiche, incarnant deux amis qui ne jouent plus dans le même camp, mais qui s'épaulent et s'affrontent avec ambiguïté, vous retrouvez David Morrissey (Blackpool, Meadowlands/Cape Wrath), en étoile montante du Parti Travailliste pour lequel les voies du pouvoir sont grandes ouvertes, et John Simm (Life on Mars) en journaliste persistant, navigant dans des eaux dangereuses, à la limite de l'éthique.
Ils sont épaulés par l'excellent Bill Nighy, incarnant le rédacteur en chef flegmatique qui maîtrise toutes les arcanes du pouvoir. Les sériephiles reconnaîtront également Polly Walker (Rome), en épouse politique délaissée, et James McAvoy (Shameless), en jeune journaliste free-lance ambitieux.

State of Play bénéficie d'une histoire riche et très travaillée, où la tension monte progressivement et où le suspense devient rapidement intenable. L'enquête se complexifie au fil des épisodes. Au fur et à mesure des découvertes troublantes des journalistes, les enjeux soulevés deviennent de plus en plus importants, de plus en plus proches du pouvoir, et de plus en plus dangereux.
Les scénaristes multiplient les faux semblants, les semi-vérités. Les doutes des journalistes, eux-mêmes divisés dans leurs analyses, contamine le téléspectateur par leurs désaccords et les éclairages très différents qu'ils apportent sur une même affaire. Les soupçons s'insinuent. Fausses pistes et retournements de situations s'enchaînent, entraînant le téléspectateur dans des intrigues de plus en plus sombres où il perd ses repères. Les fils se dénouent peu à peu pour révéler un tableau glaçant, état des lieux sans concession des rouages du pouvoir.

Car, en effet, en plus d'être un thriller parfaitement maîtrisé et très prenant, State of Play prend une dimension supplémentaire en mettant en lumière, avec une sobriété efficace toute britannique, les dérives d'une démocratie moderne. Elle offre ainsi, tout d'abord, un traitement sans concession des rapports douteux que peuvent entretenir politiques et médias, illustrés par l'amitié unissant les deux personnages principaux. Si Cal McCaffrey dispose grâce à elle de renseignements privilégiés, directement à la source, où se trouve la limite entre informations personnelles et informations du public ? La frontière se trouble, de plus en plus floue. La force de cette mini-série est de ne pas se cantonner à une vision manichéenne du rapport entre le journaliste et le politique. Au contraire, le récit se complaît dans une subtilité volontairement ambiguë, où les bases sont fluctuantes. Le téléspectateur ne parvient pas avec certitude à cataloguer cette relation avant la conclusion de la série. Honnêteté, fidélité, manipulation se mélangent et se succèdent, soulevant plus de questions que les interactions entre les deux personnages n'en résolvent.

Pessimiste ou réaliste, State of Play dresse également un portrait sans concession des pratiques au sein même du pouvoir politique. La mini-série nous immerge dans les moeurs troubles du Parti Travailliste. Parfait cas d'école de la maxime selon laquelle l'art de gouverner est avant tout l'art de la manipulation. Dans les couloirs agités du Parlement, les éminences grises du Parti tirent les ficelles d'un vaste jeu de pouvoir occulte, où le fonctionnement démocratique des institutions apparaît comme un simple faux-semblant savamment entretenu. Le téléspectateur mettra, comme les journalistes, toute la mini-série pour appréhender l'ampleur des manipulations en jeu, jusqu'au dernier retournement final.

On touche ici à l'aspect le plus abouti de cette mini-série : la dénonciation de l'influence de ce pouvoir occulte, qui n'a même pas à passer par l'élection : celui de l'argent, ou plutôt des grands industriels. En éclairant l'ingérence des multinationales dans la gestion du pays et l'adoption des législations, le téléspectateur plonge dans l'exercice d'un type de lobbying particulièrement dangereux. Entre pressions et corruptions, ces consortium ne semblent s'astreindre à aucune limite.

   

Bilan : State of Play, c'est tout le savoir-faire et l'efficacité britanniques dans un thriller captivant qui sait jouer sur différents tableaux. Ce sont des enquêtes complexes, une interrogation sur l'amitié, mais aussi la mise en lumière des jeux de pouvoir dangereux qui se déroulent au sommet de l'État pour gouverner la Grande-Bretagne et que se livrent, sans complaisance, politiques, multinationales et journalistes. 
C'est un portrait sombre, mais réaliste, des rapports entre le pouvoir institutionnel, le pouvoir occulte de l'argent et le "4ème pouvoir" que sont les médias.

En fin de compte, Jeux de pouvoir est une mini-série très riche, très bien écrite et servie par un solide casting particulièrement convaincant.

Un "must seen" de la fiction britannique à ne pas manquer.

[Jeux de pouvoir - Arte - Samedi 5 janvier - 22h30]

31.12.2007

Bilan sériephile 2007

Que restera-t-il de 2007 dans la mémoire du sériephile ?
Les évènements marquants de l'année pour moi...

I- Avant tout, j'aurais comme premier réflexe d'établir une liste de R.I.P.
Traitez-moi de nostalgique, mais c'est une certaine époque qui a achevé de se terminer cette année.
Beaucoup de pages se sont tournées, certaines plus douloureusement que d'autres :

Une étape dans la vie de Lorelai et Rory s'est achevée, elles continueront sans nous - Gilmore Girls (saison 7)
Les Palladino étaient partis, confiant le soin à David Rosenthal de conclure leur série. La saison précédente avait fâché un certain nombre de fans. Cette saison 7 répara, posa de nouvelles bases. Le livre se referme logiquement, sur une Rory diplômée, bouclant la boucle de sept années de cris et de joies.
On s'est quitté un peu fâché. Mais merci pour toutes ces années de rires et de larmes.
Il est temps de commencer à être nostalgique et de se replonger devant l'intégrale en DVD.

   

- La République romaine est tombée - Rome (saison 2)
On savait comme l'Histoire se terminait. Si Octave a remporté la mise, l'homme de la saison fut pourtant incontestablement Marc-Antoine (et l'interprétation de James Purefoy). Les personnages de la "vieille" génération conservèrent une dimension bien plus forte et convaincante que le nouveau cercle qui fut introduit. Cicéron prit sa réelle dimension, Atia continua de marquer les esprits dans sa lente déchéance. Parallèlement, la froide rigidité d'Octave (James Wood) n'avait pas l'attrait charismatique des excès hédonistes de Marc-Antoine, et les flirts adolescents d'Agrippa et Octavie n'eurent ni la force, ni la passion, d'autres relations de la saison 1. Mécène ne fut pas exploité, et Livie justement détestée...

    

- Un fond noir pour clôturer la saga des Sopranos - Les Sopranos (saison 6)
Une des séries symboliques de l'âge d'or de HBO que l'on ne présente plus. Elle n'aura finalement jamais laissé le téléspectateur indifférent, s'offrant une fin controversée, frustrante, mais qui constitue peut-être la métaphore ultime de ce chef d'oeuvre du petit écran. Cette dernière saison fut sans doute en demie teinte, clôturant une à une les storylines, refermant chaque page entamée. 
Finalement, prédomine sur cette saison une amertume omniprésente, la fin d'une ère.
L'écran est devenu noir. Le rideau est tombé. Il n'y aura pas de rappel.

 

- Veronica est partie, seule, pour Quantico - Veronica Mars (saison 3)
Veronica Mars a souffert du syndrome malheureux, mais fréquent, du passage du lycée à l'université, laissant son atmosphère particulière, ses dialogues enlevés, et ses mystères obscurs (et donc, les Fitzpatrick... ?!?) pour des stand-alones UPN-iens soporifiques, des personnages de plus en plus stéréotypés, devenus des caricatures d'eux-mêmes.
Tout ne fut pas à oublier, mais je ne veux pas repenser à cette dernière saison quand je me rappellerai Veronica Mars.

- La Porte des Etoiles s'est définitivement refermée - Stargate SG1 (saison 10)
Dix ans qu'elle nous accompagnait à travers la galaxie. On a pu la couvrir de critiques, pointer sans relâche ses faiblesses, elle était devenue une composante immuable du paysage sériephile. Elle restait un rendez-vous quotidien.
Certes, elle avait beaucoup changé, notamment en ayant pris des couleurs très Farscape-iennes dernièrement. Cette saison 10 fut sympathique dans l'ensemble, nous laissant notamment un épisode culte de second degré : le 200ème. Hilarant.

- Le mystère des 4400 restera obscur - Les 4400 (saison 4)
Certains argumenteront que la fin de la saison 4 constitue une fin... ouverte, certes, mais une fin quand même. Pour moi, elle soulève tellement d'interrogations sur le futur en passe d'être créé, que je ne peux considérer cette fin cliffhangeresque dans la lignée des précédentes saisons, comme une véritable "fin".
Et voilà, une frustration sériephile type supplémentaire.

- Il n'y a plus de vie sur Mars - Life on Mars (saison 2)
En attendant Ashes to Ashes, spin-off qui se déroulera dans les années 80, Life on Mars s'en est allée après seulement deux saisons.
C'était nostalgique, britannique et excentrique.

L'adieu au chaud soleil californien d'Orange County - The OC (saison 4)
f568981457fa5827c88c9145c1aa8429.jpgJe n'ai jamais été une fan au sens noble du terme. J'avoue, j'ai souvent suivi par intermittence. J'ai effectué un rattrapage de quasiment trois saisons en une seule année.
Mais, pourtant, j'ai le sentiment, avec toute la candeur de mon approche néophyte, que cette saison 4 a permis à la série de renouer avec ses heures les plus convaincantes, avec des storylines dignes d'une réputation convaincante qui s'était bâtie lors de la première saison, pour ensuite se diluer dans les controverses.
De quoi regretter d'anciens errements peut-être...
Une façon quand même de tirer son chapeau à cette série que je n'ai peut-être pas vraiment comprise.

 

II- Heureusement, au milieu de tous ces faire-parts de décès, il y eut quand même quelques nouveautés à ne pas rater :

- La schizophrénie glaçante so british de Jekyll
Steven Moffat (le créateur) est brillant. James Nesbitt est impressionnant. On s'incline et on applaudit.
Jekyllmanie habilement les genres : série fantastique qui se complaît dans cet humour noir que les britanniques maîtrisent si bien, elle sait aussi assumer sa part de drama qui verse plus dans l'émotion. Réjouissante sur le fond, admirablement finalisée sur la forme, elle restera mon coup de coeur de l'été 2007.

- L'atmosphère enfumée et surchargée de testostérone des publicitaires de Madison Avenue - Mad Men (saison 1)
e1b408e84a9da74172e266644ea5cd1e.jpgUne immersion chez les publicistes de Madison Avenue, au début des années 60, ne pouvait que toucher ma fibre nostalgique, en traitant d'une époque qui a toujours exercé une véritable fascination sur moi.
Il flotte un air de cigare sur cette série ambitieuse qui parvient à pleinement réussir à exploiter le décalage qu'offrent les sixties. Elle nous décrit avec un souci du détail omni-présent les moeurs de la société ainsi que les exigences du milieu professionnel mis en scène. Car, dans ce New York urbain, on devine une société en pleine mutation, étirée entre deux époques, hésitant encore sur la direction vers laquelle s'orienter, sur les certitudes à consacrer.
Mad Men nous dépeint un portrait très convaincant, complexe et teinté de subtilités, d'une époque charnière du XXe siècle.  

- La vitalité sucrée de Pushing Daisies (saison 1)
752f3c87d376e5fb0eee6103be7dd918.jpgCette dernière création de Bryan Fuller a pour le moment tenu ses promesses, même si son destin est suspendu à la grève des scénaristes. Cette fable curieuse aux faux airs burton-iens, assaisonnée d'une touche d'enquêtes policières aux péripéties encore plus étranges, constitue la nouveauté marquante du dernier semestre 2007.
Comédie légère, roman à l'eau de rose, série policière improbable, voire hommage aux comédies musicales, la série alterne les genres, marie délicieusement les tons et bouscule les références pour le plus grand plaisir du téléspectateur, qui s'offre à chaque épisode une bouffée rafraîchissante d'images chatoyantes et de dialogues ciselés qui font mouche.  

 

III- Parallèlement, au milieu de nombreuses déceptions et des naufrages de séries sombrant dans un triste ridicule (sur lesquelles je ne veux même pas m'arrêter), il y eut quelques grandes confirmations :

- Les doutes de Dexter ont joué avec les nerfs des téléspectateurs pour une saison encore plus convaincante - Dexter (saison 2)
3839a87b53f7822283568e24461de4a4.jpgElle était sans doute la série sur laquelle reposait le plus d'attentes cet automne. Elle n'a pas déçue. Explorant et complexifiant la psychologie du serial killer le plus célèbre du petit écran, ce fut la saison de la maturité, réussissant le tour de force de prendre une dimension supplémentaire après la réussite de la première saison.
La seule interrogation qui subsiste dans l'esprit des téléspectateurs : comment les scénaristes parviendront-ils à nous surprendre avec la prochaine saison ?

c797db22a8eae0d946d61de0da801413.jpg- Les lumières ne se sont pas éteintes le vendredi soir - Friday Night Lights (saison 2)
Incontestable belle surprise de la saison 2006-2007, c'est une série qui s'est affranchie de son concept de base pour prendre une toute autre dimension. Chronique humaine et sociale d'une petite ville au fin fond du Texas, avec du football US en toile de fond, elle met en scène, avec un ton juste et rafraîchissant, des personnages terriblement ordinaires, avec leurs failles et leurs certitudes.

 

IV- Autres pensées diverses et anarchiques :

- Battlestar Galactica (saison 3) : *WTF ?!*
0b8769e417a813bd5f688c1dac76c0bb.jpgJe ne me suis toujours pas remise du final de la saison 3 et des interrogations multiples soulevées. Dans mes cauchemars, résonne encore (en boucle) cette chanson, 'All Along the Watchtower' de Bob Dylan.
La saison 3 fut celle des controverses, des scissions au sein des fans de la série... Je pense qu'on ne saura véritablement la juger que lorsque la série se sera achevée, avec du recul et une vision d'ensemble.
J'attends la saison 4. Pour des réponses. Pour comprendre où les scénaristes veulent en venir. Parce que je veux croire que "they have a plan".

- ReGenesis (saison 3) : *WTF ?!* bis
Encore un final perturbant, cliffhanger excessif, saupoudré d'effets que, si j'osais les jeux de mots, je pourrais qualifier d'Alias-esques (parallèle encouragé par la présence "machiavélique" de Victor Garber). Mais le téléspectateur reste un brin perplexe devant le tournant pris par l'intrigue et l'évolution de certains personnages au cours de ces derniers épisodes.
Une saison 4 (la dernière pour elle aussi) est attendue au printemps pour remettre les choses en place.

- House MD (saison 4) : Version Real-TV
House en version Survivor ou Bachelor, le fantasme du téléspectateur compulsif ?
Une année 2007 qui marque un tournant pour la série. Une évolution qui fut osée, peut-être nécessaire, mais relativement bien négociée. Reste à savoir si le redémarrage, avec cette nouvelle distribution des cartes, sera aussi convaincant.

- Doctor Who (saison 3) : Rose est irremplaçable
Cette saison 3 aura laissé un léger goût d'inachevé. Martha ne m'aura pas convaincue, ne réussissant pas à confirmer ses premiers pas sympathiques dans l'univers who-esque.
Cependant, je retiendrai de cette saison une réunion mémorable : David Tennant, John Barrowman, John Simm = Un alignement de planètes pour la sériephile fan que je suis. Et sur cette remarque d'une grande objectivité...

  

 

V- Dans la dernière catégorie, de façon plus personnelle, il y a les séries visionnées avec trois trains de décalage. J'ai pourtant fait de grandes découvertes "en retard", profondément marquante, cette année :

"To be, or not to be: that is the question : Whether 'tis nobler in the mind to suffer the Slings and Arrows of outrageous fortune" - Slings & Arrows (saisons 1 à 3)
Un vrai coup de coeur et une réussite attachante dont il faut espérer qu'elle traversera un jour l'Atlantique.
Suivant le principe largement éprouvé que les coulisses sont tout autant, si ce n'est plus, passionnantes que le show lui-même, Slings & Arrows nous immerge dans des coulisses d'un théâtre, où les évènements y sont tout aussi théâtrals. Brillamment écrite, servie par des dialogues percurants, cette série est une comédie qui, au cours de ses trois saisons, vous fit rire, vous émut aux larmes et vous toucha profondément. Résolument sombre, sarcastique et légère à la fois, son ton réussit l'équilibre savant entre un cynisme pragmatique et la pureté de la passion pour le théâtre.
A savourer. 

- It was our last best hope for peace... - Babylon 5 (saisons 1 à 5)
Epopée de Science-Fiction à la mythologie dense qui nous immerge dans les coulisses de la diplomatie galactique, c'est une série indémodable, prenante et plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, qu'il faut avoir vue. Un grand cycle tragique où l'Histoire dépasse le destin des protagonistes.

Une ode universelle à l'amitié - Nobuta wo Produce (saison 1)
C'est tout d'abord une fable sur l'amitié. Au-delà des différences, au-delà des idées préconçues, c'est l'introspection, la recherche et l'évolution des trois personnages principaux. Ces adolescents mûrissent, découvrent des vérités et acquièrent des certitudes, grâce au processus déclenché par cette idée qui sonnait a priori comme un jeu : 'rendre la plus impopulaire du lycée, populaire'. Une av