02.04.2009
Au fil du net...
Il y a quelque chose de paradoxal dans mon quotidien actuellement. C'est fou comme le blocage de vos lieux de travail peut susciter, non un allègement de vos horaires, mais une perte de temps exponentielle au fur et à mesure que les semaines défilent. De réunions interminables en établissement sans fin d'un éventail de stratégies sensées balayer tous les scenarii futurs imaginables ; de points d'informations quotidiens en permanences fantômes dans un bureau égaré que vos étudiants ne trouvent jamais, la fin du semestre se rapproche sans que l'on s'en rende compte. Soudain, le rush final s'enclenche. Une brusque piqûre de rappel : il faudra bien remplir la ligne correspondante aux notes de sa matière dans quelques jours... Et voilà comment un semestre chaotique version gruyère devient un des semestres les plus surchargés où l'on atteint parallèlement des sommets d'inefficacité.
Encore une semaine à tenir et tout devrait reprendre un rythme plus normalisé.
Je suis en train de préparer la review d'une série d'une nationalité jamais encore traitée sur ce blog (*subtile teasing* -à ce jour, ont été traitées sur ce blog des séries américaines, anglaises, canadiennes, japonaises et coréennes). Le temps de finir le visionnage de la première saison... et la review sera emballée !
En attendant, j'avais répondu il y a quelques semaines (anticipation inspirée) à un petit questionnaire sympathique sur Critictoo, destiné à établir des "profils de sériephile" (il y en a un qui est généralement publié chaque semaine). Or, mon profil a été publié cette semaine.
Si vous souhaitez consulter mes réponses à des questions plus ou moins complexes (et casse-tête!) sur les séries entre autres détails, je vous invite à suivre le lien (et à explorer plus en avant ce site -dans l'hypothèse (très peu probable) où vous ne le connaîtriez pas encore) :

Le profil du sériephile : Heather
Vous me reconnaissez bien là : la photo associée à mon profil ne pouvait renvoyer à aucune autre série. (Pour ceux qui ne l'auraient pas reconnu -hypothèse que je ne veux même pas envisager-, il s'agit bien sûr ce cher Josh Lyman, d'A la Maison Blanche).
19:50 Publié dans -Humeurs- | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
22.03.2009
Kings - le pilote
Certes, la stratégie de lancement et de programmation de NBC ne fut peut-être pas la plus opportune pour réussir son pari d'introduire dans les habitudes des téléspectateurs sa nouvelle série, dont l'ambition est de transposée un récit biblique dans une réalité moderne alternative. Si les audiences ont été sans pitié, c'est assez dommage que Kings apparaisse déjà presque condamnée après un premier épisode pourtant intriguant qui a su éveiller mon intérêt. Le format de mini-série aurait peut-être plus convenu pour une histoire déjà écrite et aurait donné plus d'assurance que l'on obtienne une fiction complète, avec un début et une fin.

Diffusée sur : NBC (Etats-Unis)
Depuis le : 15 mars 2009.
C'est avec qui ?
Christopher Egan (Vanished), Ian McShane (Deadwood), Allison Miller, Sebastian Stan, Michael Patrick Crane, Joel Garland, Jason Antoon, Sarita Choudhury.
Ca parle de quoi ?
Le Royaume de Gilboa est en guerre. Au front, David, un jeune soldat idéaliste, sauve la vie du fils du roi. Il est alors introduit dans les coulisses de la capitale du Royaume, auprès du roi Silas, au sein d'une Cour où les jeux de pouvoir se déroulent sans pitié.

Et alors, ce pilote ?
Le pilote de Kings nous plonge dans un univers alternatif, s'ouvrant sur un jour d'inauguration et de fête populaire. Entre institutions évoquant un autre âge et décors modernes, le cadre du Royaume aux papillons est tout de suite posé par un grand discours télévisé de son roi, Silas. La réalité de la guerre reprend cependant très vite le dessus sur ces festivités. David Shepherd, plus jeune fils issu d'une modeste famille qui a déjà payé un lourd tribut aux élans guerriers du pouvoir, se retrouve à son tour confronté aux combats. Un jour, une unité de soldats de Gilboa tombe derrière les lignes ennemies, et deux de ses membres sont capturés. Le principe de non négociation d'otages est clairement opposé. Aucune exception... même si le prince héritier fait partie de ces prisonniers. Ignorant ces enjeux qui crispent la capitale, David mène spontanément une opération de sauvetage, qui lui permet de ramener à bon port les deux soldats. La présence du prince Jack lui permet d'éviter la cour martiale. Au contraire, il se retrouve propulsé à parader dans la capitale du Royaume, Silas souhaitant tout autant le remercier que l'instrumentaliser aux yeux d'un peuple lassé par une guerre qui ne semble pas pouvoir finir.

L'effort de construction de cette réalité alternative ainsi mise en scène constitue l'originalité principale d'une série qui se réapproprie rapidement les codes d'un soap politique se déroulant au sein des coulisses du pouvoir. Souvent démeusuré, ne manquant pas d'une certaine grandiloquence revendiquée, le ton de l'ensemble parvient à bien retranscrire le dualisme de cet univers particulier aux jeux de pouvoirs universels, placés sous une forte symbolique religieuse. Si la personnalité du roi Silas révèle rapidement des desseins pragmatiques nourris d'arrières-pensées, chacun des personnages s'approprie les codes du genre pour incarner un rôle clairement défini, relativement stéréotypé (pour le moment du moins). Les manoeuvres d'un Silas calculateur feraient finalement presque pâle figure à côté des menaces de son beau-frère, puissant homme d'affaire retors ayant parrainé l'ascension du roi actuel et qui exploite la guerre à son propre bénéfice. Les rôles au sein de la famille royale sont rapidement distribués de la même façon. Il y a la jolie princesse idéaliste qui n'est pas insensible au héros. Il y a également l'héritier légitime du trône, un prince hédoniste quelque peu inconséquent, que Silas recadre au cours d'un dialogue assez cruel en condamnant l'homosexualité de son fils. Il y a aussi la reine, qui officiellement ne se mêle pas de politique, mais qui semble n'avoir pas son pareil pour manipuler sans avoir l'air d'y toucher. Et ainsi de suite... Si la recette n'a rien d'original, cet ensemble connu convainc. Reflet d'une certaine part de manichéisme, David émerge de ces basses manoeuvres avec l'image idéale du héros. Il découvre émerveillé la capitale ; il oppose rapidement ses propres valeurs et une forme de simplicité spontanée qui tranchent avec les protagonistes qui l'entourent. Mais idéalisme ne rime pas forcément avec naïveté, et l'on devine qu'il apprendra rapidement les réels enjeux à l'oeuvre au sein du pouvoir, sans pour autant se compromettre. Enfin, une touche de légèreté bienvenue est apportée par deux soldats de la garde royale, sorte de duo improbable à la Laurel et Hardy.

L'enjeu de Kings est immédiatement et clairement posé. C'est l'avènement d'un nouveau roi, l'ascension d'une nouvelle figure, que la série nous propose de nous conter. Une figure non compromise dans ces coulisses perverties. Il n'y a pas d'ambiguïté sur le futur de David. Non seulement parce que l'histoire a déjà été écrite, mais surtout parce que tout dans la présentation du personne nous indique que c'est à un parcours initiatique que l'on assiste. Sa recherche de conclusion d'une paix n'en est que la première pierre symbolique. Là où Silas est forcé de compromettre l'aspiration de son peuple aux intérêts financiers de son beau-frère, David suit les bonnes priorités. Plaçant l'intérêt général au-dessus. Kings use et abuse de symboles visuels et religieux qui se justifient pleinement étant donné la nature du récit dont elle est l'adaptation. Pour être certain de ne laisser aucune place au doute, le pilote se termine même sur une scène de couronnement symbolique, où des papillons, emblèmes du Royaume de Gilboa, se posent sur le jeune homme et forment une couronne éphémère de papillons sur sa tête. Aucune ambiguïté n'est donc laissée sur le destin de David ; le risque étant peut-être de se complaire dans un manichéisme trop tranché qui pourrait devenir à terme répétitif et faire perdre sa saveur à ces élans excessifs.

S'il peut desservir un récit quelconque, ce style de narration convient cependant à une adaptation d'une histoire biblique. Les références religieuses et ces excès de symbolique sont suffisamment légitimes pour ne pas alourdir ou amoindrir trop le scénario. Cela vient naturellement et évite toute impression poussive la majeure partie de l'épisode. Cependant, l'écueil n'est pas toujours évité ; et parfois, certains éléments -comme la réaction de David sur le champ de combat à la fin- vont un peu trop loin et apparaissent vraiment too much, occasionnant une certaine réticence auprès du téléspectateur. Mais l'ensemble demeure cohérent. Une fois immergé dans ce long épisode d'1h30, on reste bien ancré dans l'ambiance tout le long du pilote, sans décrocher.
La transposition d'un récit issu de l'Antiquité dans un décor moderne se fait finalement sans trop de difficulté. De l'histoire originelle, quelques éléments ont été re-écrits ou bien adaptés, notamment relativement au prince héritier, Jack, qui semble s'imposer comme un des opposants principaux de David, alors dans la Bible, Jonathan est un soutien majeur de David. (Je vous épargne les controverses concernant la nature de leur relation ; les scénaristes semblent en avoir retenu une partie puisque Jack est gay.) Mais il est sans doute plus opportun que les scénaristes se réapproprient pleinement l'histoire pour mieux la romancer et ainsi la raconter. Et puis, il faudra voir comment l'ensemble évolue (si cela a le temps d'évoluer, au vu des audiences...). A noter aussi que Goliath est devenu un char d'assaut dans cette version moderne !

Sur la forme, cet épisode nous propose une belle réalisation soignée et plutôt classe, avec en toile de fond une capitale fictive filmée à New York et des tas de papillons. Comme sur le fond, on ne lésine pas sur les effets de style, plus ou moins opportuns suivant les scènes, mais globalement légitimes. Par ailleurs, le casting est dans l'ensemble solide, même si un acteur sort particulièrement du lot : Ian McShane, formidable, épatant, écrasant ses scènes par son charisme et à couvrir de superlatifs, comme toujours. En jeune héros idéaliste qui s'émerveille pour un rien, l'acteur jouant David, Christopher Egan, remplit pleinement son rôle, avec une spontanéité mêlée de droiture qui sied parfaitement à l'image de héros qu'il doit renvoyer.

Bilan : Cela faisait quelques temps que NBC n'avait pas proposé une série avec un minimum d'ambition et qui semble avec les moyens de pouvoir les réaliser au moins en partie. Le format de mini-série aurait cependant peut-être été plus adéquat et aurait permis une narration peut-être un peu plus intense.
Cependant, ce pilote se révèle prenant et plutôt efficace, une fois que le téléspectateur s'est bien imprégné de l'ambiance et du ton d'ensemble du récit. Cet univers alternatif, avec ses codes entre tradition et modernité, est intriguant. Si la subtilité est rarement recherchée, le téléspectateur adhère assez facilement aux effets de style d'une symbolique politique et religieuse constamment réaffirmée. Kings reprend à son compte un certain nombre de codes scénaristiques du soap politique, avec des personnages incarnant chacun un stéréotype clairement identifiable. La recette n'est pas originale, mais fonctionne. A voir (éventuellement) sur le long terme, si ces données se complexifient ; car le risque de glisser dans trop de caricatures existe, et le style pourrait devenir trop ampoulé.
Les coulisses du pouvoir avec ces jeux de manipulations et de menaces sont cependant suffisamment épicées pour aiguiser l'intérêt du téléspectateur, curieux de voir ces rapports de force évoluer, et pour donner envie de laisser sa chance à la série, après un épisode où tous les ingrédients semblent réunis pour retenir notre attention.
Je vais donc suivre l'aventure (en espérant que NBC ne sera pas trop prompte à déprogrammer...).
Pour un aperçu vidéo, deux bandes-annonces :
Lectures complémentaires - A lire dans la blogosphère sériephile :
- La review sur Critictoo.
- La critique de The C-View.
10:07 Publié dans ! Test des pilotes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nbc, kings
15.03.2009
Castle - le pilote
Castle aurait dû être la première série américaine à être traitée sur ce blog depuis trois mois, mais l'enthousiasme tout relatif suscité par le visionnage du pilote ayant fait traîner en longueur la rédaction de ce billet, elle s'est fait surprendre sur le fil par une grande ancienne ce vendredi. Mais voici quand même quelques mots (seulement "quelques", car il n'y a pas grand chose à dire non plus) sur la nouvelle série de Nathan Fillion.

Diffusée sur : ABC (Etats-Unis).
Depuis le : 9 mars 2009.
Ca parle de quoi ?
Richard Castle, écrivain de best-steller policiers, devient consultant pour la police.
C'est avec qui ?
Nathan Fillion (Firefly, Drive), Stana Katic, Susan Sullivan, Ruben Santiago-Hudson, Molly C. Quinn, Jon Huertas (Generation Kill), Seamus Dever (Army Wives), Tamala Jones.
Et alors, c'était comment ?
En parfait épisode d'introduction, ce pilote va nous proposer une histoire classique dont le seul réel intérêt est de mettre Richard Castle en relation avec la police. En effet, un tueur reproduisant les meurtres décrits dans ses livres, la police est logiquement amenée à entrer en contact avec l'auteur et à l'interroger. Intrigué, se sentant vaguement impliqué malgré lui, Richard décide donc de se mêler de l'enquête policière, pour identifier le coupable. Un point de départ donc classique, pour une intrigue tout aussi prévisible, qui sert surtout à poser les bases des relations entre les différents protagonistes. Tout est bien huilé, les ressorts de l'intrigue, comme les différents dynamiques qui se mettent en place. L'aspect policier se révèle plutôt efficace, mais sans surprise, ni susciter un réel intérêt pour le téléspectateur qui trouve plutôt son compte dans l'ambiance et les intéractions entre les personnages.
La vis-à-vis de Richard dans la police est une jeune femme, incarnation du scepticisme et de la méfiance à l'égard de l'écrivain, elle affiche ouvertement son manque de confiance en lui. Elle est assistée dans son travail d'investigation par deux faire-valoir policiers, transparents, qui servent avant tout à légitimer le décor. Elle se retrouve donc confrontée avec cette enquête à un écrivain vaguement narcissique, doté d'un égo très développé et sans conteste très doué dans la conception de meurtre (fictifs ou pour les compréendre dans la réalité). Bref, Richard Castle correspond en tous points au héros des dernières saisons télévisées pour les networks US. Des premiers abords difficiles, une apparence quasi-revendiquée de faux anti-héros qui s'ignore, mais un personnage qui trouve tout de suite un écho auprès du téléspectateur qui s'attache justement à ce côté clinquant et abrupt, supposé plus rafraîchissant que ces stéréotypes qui s'enferrent dans une rectitude soporifique (mais ce type de personnalité se croisant de plus en plus dans le petit écran, l'effet devient moindre).
La petite valeur ajoutée plutôt sympathique réside dans la présentation de la famille de Richard ; d'une part, une mère un brin extravagante qui joue sur une dynamique de comédie légère, et d'autre part, sa fille, adolescente responsable pour toute la famille, à la répartie cinglante, et très rafraîchissante. J'ai bien apprécié la curieuse équipe que forme ce trio. Sans doute la touche la plus attachante de ce pilote.
Castle est une série policière, mais qui n'est pas purement procédurale. Elle est surtout dotée d'une ambiance plutôt légère. Jouant sur un bon rythme, elle fait preuve d'une certaine bonne humeur assez contagieuse lui permettant de gagner rapidement un capital sympathie appréciable. C'est tout aussi clinquant que prévisible, mais les ficelles sont assez bien maîtrisé, on y adhère donc aisément sans pour autant que la série "captive" vraiment le téléspectateur. Nathan Fillion est à l'aise dans un registre qui lui est familier, et s'amuse tout autant que son personnage... Si on devine déjà quelle sera son association avec la policière, mon intérêt irait plus à ses relations avec sa propre famille.

Au final, avec ce très classique dont on peine à percevoir la réelle valeur ajoutée, elle rejoint les séries du même accabit qui ont fleuri sur chacun des grands networks américains cette saison. Castle est le représentant de ABC dans le créneau où The Mentalist est celui de CBS, voire Lie to me celui de la Fox. En somme, la réelle question que vous devez vous poser, le seul enjeu véritable que soulèvent tous ces one-man-show, c'est juste de choisir si vous préférez Simon Baker, Nathan Fillion ou Tim Roth. Le reste n'étant que point de détail pour adapter le décor en toile de fond.
Par conséquent, si vous êtes un nostalgique de Nathan Fillion, n'hésitez pas, il y a peu de chance que vous soyez déçu.
Personnellement, n'ayant pas d'affinité particulière avec Nathan Fillion (j'en ai beaucoup plus avec Simon Baker, *soupir rêveur*), et ayant déjà opté pour The Mentalist cette saison, je garderai peut-être Castle pour des instants de détente cet été.
Pour un aperçu vidéo, visionnez le trailer :
Lectures complémentaires - A lire dans la blogosphère sériephile :
- La review du pilote sur Critictoo.
- La critique de The C-View.
EDIT : - La review sur Récits2séries.
10:23 Publié dans ! Test des pilotes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : castle, abc
13.03.2009
Urgences - It sure did feel like "old times" (15.19)
(Trailer, ER, 15.19 - Old Times)
Au cours des dernières vacances, je m'étais replongée avec une étrange nostalgie dans la première saison d'Urgences (le coffret DVD fut un cadeau de ma soeur). J'ai été plutôt surprise de me retrouver si facilement, instantanément, happée par la narration, par ses chroniques médicales, sociales et sentimentales qui avaient accompagné tous mes dimanche soirs sur France 2. J'avais apprécié, mais je ne m'attendais pas à éprouver cette indéfinissable nostalgie, accompagnée d'un étrange sentimentalisme, face à ces épisodes vus et revus grâce aux multiples rediffusions et à mes vaillantes VHS. Urgences avait toujours été pour moi cette icône qui revenait en prime-time à chaque rentrée ; la seule série pour laquelle je parvenais à négocier un visionnage à mes parents. Ce fut une fondation, un point stable dans le paysage des séries, bien avant que je devienne sériephile. Pourtant, sur le moment, le rendez-vous n'avait jamais paru exceptionnel. Juste fidèle et casuel. Il m'a fallu me replonger dans cette première saison des années après, pour, a posteriori, me rendre compte à quel point Urgences a pu compter pour moi et prendre conscience de tous les souvenirs qui y sont associés. Comme si, par ce retour aux sources, je revoyais sous un nouvel angle la série.
Oh, je ne vais pas faire une épitaphe. Tout d'abord, parce que la série n'est pas encore finie (elle se clôturera sur NBC en avril), mais aussi parce que nos chemins se sont séparés il y a déjà quelques années... J'ai peu à peu laissé filer la série au tournant des numéros de saison à deux chiffres. Les épisodes manqués ont commencé à s'ajouter, le casting a continué son évolution, les urgences ont conservé leur lot de dramas, de romances, tandis que moi, j'ai eu le sentiment que tout avait été raconté et que je n'avais plus d'attente envers la série. Nos chemins se sont ainsi séparés sans effusion, sans même que je m'en rende vraiment compte. Certes, il y eut bien quelques épisodes, croisés un peu par hasard, de temps en temps, histoire de jeter un oeil à une équipe devenue en majorité étrangère, mais alors que la quinzième et dernière saison de la série est actuellement diffusée aux Etats-Unis, on peut sans doute dire que j'ai tourné la page. La phase de deuil serait même déjà presque terminée, au vu de mes retrouvailles DVD avec les premières saisons.
C'est assez paradoxal de réfléchir sur la place d'une série dans son expérience sériephile, a posteriori. Il est vrai que mon regard sur les séries a bien changé depuis ma découverte de la première saison. La première diffusion de la série en France date de 1996, j'étais à peine une adolescente à l'époque... Tout ça pour dire que même si je ne me suis jamais considérée comme fan d'Urgences, même si je n'aurais jamais cru entreprendre l'achat des DVD et revoir avec autant de plaisir les épisodes passés, cette série a sans doute forgé les bases de ma sériephilie plus sûrement qu'aucune autre série des années 90 (avec X-Files, qui introduisit la touche mythologique complémentaire). En somme, une éducation téléphagique presque caricaturale via les grandes chaînes hertziennes (n'ayant jamais eu le câble) des années 90.
Si je prends le prétexte de ce billet nostalgique pour parler de tout cela, c'est que depuis quelques semaines, j'ai regardé mes premiers épisodes d'Urgences en VO. Pour retrouver des tas de docteurs inconnus déambulant dans des urgences que je peinerai presque à reconnaître, dans le décor immuable de Chicago. Des inconnus, certes, mais pas seulement. A moins d'avoir été complètement déconnecté des informations médias ces derniers mois, vous n'avez sans doute pas échappé au buzz entourant le retour de grands anciens afin de clôturer dignement ces urgences si fidèles. Et bien, hier soir, aux Etats-Unis, c'était un de ces épisodes. Je vous avoue que j'ai repris le chemin des urgences depuis quelques épisodes déjà ; depuis le retour à Chicago de John Carter. Mais l'épisode d'hier soir concentrait d'autres special guest : Eriq La Salle (Peter Benton), Julianna Margulies (Carol Hathaway) et George Clooney (Doug Ross). Je demandais bien par quel subterfuge les scénaristes mettraient en scène tous ces personnages. J'appréhendais même un peu. Finalement sans raison. Car l'histoire fut très bien construite, le scénario appliqué, et l'ensemble a touché sans difficulté ma fibre nostalgique, si bien que je suis très contente qu'ils aient fait cet épisode.

Une seule storyline a véritablement focalisé mon attention. Comme je l'ai dit, les urgences ont continué à vivre sans moi. Sans regret.
La situation est la suivante en cette fin de quinzième saison. John Carter est revenu aux Etats-Unis malade. Un parasite récupéré en Afrique a progressivement détruit son seul rein (l'autre a été perdu quand il fut poignardé par ce schizophrène qui tua Lucy). Carter a donc besoin d'une transplantation d'un nouveau rein, ou il mourra. Je ne vous cache pas que je me fais un sang d'encre depuis le début : les scénaristes achèveront-ils leur série avec la mort de Carter ? Certains vous parleraient de la symbolique du cycle, moi je vais juste m'inquiéter.
Dans ce dix-neuvième épisode, Carter, mal en point, attend qu'un organe soit disponible. A Seattle, un adolescent est en état de mort cérébral. Si sa grand-mère donne son consentement, ses organes pourront être distribués aux patients les plus critiques du pays. Carol et Doug s'occupent de ce patient et s'efforcent d'obtenir cet accord.

L'habileté de l'épisode est d'exploiter finalement un schéma proche des "six degrés de séparation". La présence des personnages a un sens ; il ne s'agit pas simplement d'une exposition qui donnerait l'impression d'être forcée. Il n'y a pas d'évènement particulier. Seulement des médecins qui font leur travail. On retrouve brièvement, comme si on ne les avait jamais quitté, des personnages familiers que l'on suit dans une journée ordinaire de travail. Il n'y aura pas de retrouvailles à Seattle. Nous suivrons simplement un cas médical. Doug s'efforce d'expliquer à la grand-mère de l'adolescent (Susan Sarandon) que ce dernier est mort. Que son cerveau n'a plus d'activité et que s'il lui a pressé la main, c'est un simple réflexe nerveux qui n'a pas d'autre signification. Une histoire émouvante de donation d'organe très classique. Ni Doug, ni Carol n'ont la moindre idée des destinataires potentiels de ces organes. Sam et Neela sont également à Seattle pour obtenir un coeur pour un patient du Cook County. Au détour d'une brève conversation avec Doug, ce dernier mentionne le passé. Un passé révolu aux urgences, où le personnel a changé, de nouvelles têtes inconnues se sont installées. Une conversation sous forme de reconnaissance, tant du renouvellement de la série, que de la nostalgie à l'égard des anciens. Ce sont les représentants de deux époques d'une série qui les transcende. Même si c'est presque frustrant, à aucun moment, même lors du dernier coup de téléphone les informant que les transplantations ont réussi, Doug et Carol ne sauront qu'ils ont contribué à sauver la vie de John Carter ; ils sauront seulement que le rein est allé à "some doctor". Cela souligne bien la simplicité constante et la justesse d'un scénario parfaitement maîtrisé. Il n'y a aucune surenchère, pas de retrouvailles bruyantes, ni d'occasions spéciales de rassemblement d'anciens, seulement les évènements de la vie qui amène certaines routes à se croiser, sans même qu'aucun protagoniste n'en ait conscience. J'insiste sur cette sobriété parce qu'elle était pour moi fondamentale. Je ne voulais pas d'une apparition parachutée. Les scénaristes ont réussi à ré-introduire le temps d'un épisode deux anciens personnages sans rien alourdir, de façon normale, et cela procure un vrai plaisir pour tout fan de la série.

Dans le même ordre idée, le troisième personnage familier que l'on croise nous est introduit de façon tout aussi sobre. Carter attend sa transplantation à l'hôpital. Sur le tableau du service, la mention d'un patient nommé "J. Carter" amène un chirurgien qui y travaille à vérifier. Simple réflexe. Et c'est ainsi que la route du docteur Benton recroisa Carter. Quel plaisir de retrouver ce duo interagir et renouer si naturellement un contact perdu. On prend encore plus conscience du chemin parcouru, tant ces deux-là ont changé sous nos yeux et traversé de nombreuses épreuves. On partage même certaines réactions : quand Benton mentionne que Rees a 13 ans désormais, j'ai poussé le même soupir que Carter, voilà qui nous rajeunissait tous. Les dialogues d'abord un peu hésitants, puis qui retrouvent des automatismes qu'ils auraient cru oubliés, sonnent justes. A nouveau, à travers quelques échanges sur leur vie respective, on est informé de la vie qui a continué loin de l'écran télé. Ca m'a fait plus plaisir que je ne l'aurais cru de les voir ainsi renouer cette complicité. C'est un autre pilier d'Urgences qui nous est ainsi rappelé ; Benton ayant joué un rôle prépondérant dans la formation de Carter, et ayant toujours eu une influence sur lui.

Au final, j'ai vraiment bien aimé cet épisode en partie consacré à des "retours", car les scénaristes ont bien négocié la difficulté de réintroduire des figures aussi importantes, vaguement iconoclastes, en parvenant à articuler l'ensemble des intéractions de manière cohérente. La mise en scène des uns et des autres a un sens. Il n'y a pas d'effet particulier pour marquer l'évènement, mais seulement une sobriété qui sonne juste. Loin de toute lourdeur ou d'un sentimentalisme excessif dans lequel il aurait été facile de tomber, la force de l'épisode est de nous offrir simplement un bref aperçu sur la vie actuelle de personnages depuis longtemps perdus de vue. Une fenêtre sur des gens dont on n'avait plus de nouvelles, c'est tout. Le caractère spécial de ces scènes réside uniquement chez le téléspectateur. Et quel caractère spécial ! Le simple fait de retrouver Doug Ross pour quelques scènes, en vrai docteur, à vouloir faire son job le mieux qu'il peut, cela a suffi à me faire fondre instantanément et à marquer ma soirée. Ce que j'assume totalement.

Si bien que ce que l'on retient de cet épisode, c'est que la vie continue au-delà et par-delà la caméra dans cette série qui transcende ses protagonistes. Un épisode nostalgique en forme d'hommage qui fut donc très bien négocié. Si la saison continue sur les bases de cette quinzième saison, Urgences aura tiré sa révérence avec dignité. Chapeau.
Et merci pour toutes ces scènes qui ont réchauffé mon coeur de sériephile ce soir !

And it sure did feel like old times.

Un petit extrait vidéo de la scène finale de l'épisode :
Lectures complémentaires - A lire sur la blogosphère :
- Les reviews de chacun des épisodes de cette 15ème saison sur DylanesqueTV.
Sur l'épisode en particulier :
- L'opinion de Carole sur Critictoo.
- Les impressions de Jérôme sur Liberté Série.
23:59 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : urgences, nbc
08.03.2009
City of Vice [Bilan]

D'une discussion avec Carole sur les "costumes drama" britanniques, je me suis rendue compte que j'avais encore manqué à tous mes devoirs et omis de parler d'une série marquante de 2008 lorsque j'avais dressé mon rapide bilan de fin d'année. C'est que les séries de l'hiver dernier me paraissent toujours très lointaines quand j'y repense fin décembre ; d'où une mémoire qui me joue des tours. La superposition des années sériephile, civile et universitaire conduit toujours à un joyeux méli-mélo dans ma tête.
Pour me faire pardonner, je prends donc la plume pour en faire une review complète et vous parler donc d'une série que je ne pouvais pas occulter : City of vice. (Je n'ai pas su trancher s'il s'agissait d'une "mini-série" ou d'une "série d'une saison", je laisse cela à votre appréciation !)
Il y a quelques années, dans une matière optionnelle qui s'appelait souvent trompeusement "anglais juridique", j'avais eu à préparer un exposé de quelques pages sur Henry Fielding et ses fameux "Bow Street Runners", considérés comme la première force de police londonienne financée par le Parlement de Westminster. Aussi, le projet de Channel 4 de porter à l'écran le récit des premiers pas des Bow street runners dans le Londres violent et dégénéré du milieu du XVIIIe siècle avait éveillé mon intérêt. Et si je vous en parle avec entrain aujourd'hui, c'est que ma curiosité fut amplement récompensée.

Diffusée sur : Channel 4 (Angleterre)
Au cours de : Hiver 2008.
Durée : 5 épisodes (1 saison) de 45 minutes.
Ca parle de quoi ?
Dans la dangereuse Londres du XVIIIe siècle, la criminalité en pleine explosion conduit l'écrivain Henry Fielding à réfléchir à la création d'une force de police publique pour combattre l'insécurité grandissante des rues de la capitale britannique. Après un important lobbying auprès de Lord Newcastle, il obtient du Parlement de Westminster les fonds nécessaires pour rassembler quelques hommes qui vont former ceux que l'on appellera les Bow Street Runners. City of vice nous conte l'installation et la progressive affirmation de cette nouvelle force de police dans sa lutte contre la criminalité.
C'est avec qui ?
Ian McDiarmid (Charles II : The Power & The Passion), Iain Glen (The Diary of Anne Franck), Francis Magee (No Angels), Steve Speirs (No Heroics), Alice O'Connell, Sam Spruell (P.O.W.), Sean Francis (London Bridge).

Et alors, c'était comment ?
City of vice est une série très sombre, reflet des moeurs et de la violence de son temps, qui nous plonge sans artifice romancé, dans les entrailles du Londres du milieu du XVIIIe siècle, pour y suivre l'installation et les enquêtes des Bow Street Runners de Henry et John Fielding.
Il s'agit donc d'une série policière, mais dans laquelle l'époque vient immédiatement biaiser les valeurs défendues. Du meurtre sauvage d'une jeune prostituée atrocement mutilée, au vol plus complexe qu'il n'y paraît d'un riche notable, de l'exploitation sexuelle d'enfants à la mort d'un prêtre à la moralité douteuse, chaque crime nous plonge dans les coulisses d'un Londres de misère reconstitué avec soin. La série n'est pas une simple série procédurière et offre peu de redondance, comme elle explore différents aspects des bas-fonds londoniens. Il n'y a pas de happy end dans City of Vice et le téléspectateur conserve souvent, à la fin d'un épisode, un arrière-goût amer et des sentiments contradictoires à l'égard des différents protagonistes ; ainsi l'ensemble laisse rarement indifférent. Ces impressions témoignent de la volonté des scénaristes de retranscrire les moeurs de l'époque avec fidélité. Il ne s'agit pas de romancer l'ensemble de façon à ce que le téléspectateur moderne s'identifie aux personnages ou à la société mise en scène ; il ne s'agit pas de le mettre à l'aise en lui offrant des points de repère moraux intangibles. Au contraire, servis par une mise en scène très brute, les actes et raisonnements tenus de par et d'autre de cette fine frontière appelée "loi" ne s'embarrassent pas de politiquement correct. La série échappe en cela à tout manichéisme, pour basculer dans une ambiguïté rafraîchissante dans le cadre des fictions de ce genre.
Les personnages sont d'ailleurs construits à l'image de cette ambivalence. A ce titre, il est particulièrement intéressant de voir les deux frères évoluer en parallèle, complémentaires, soudés dans le partage d'un idéal fort et d'un ensemble de valeurs communes, mais aussi très différents dans leur façon d'appréhender les évènements. Henry Fielding est un écrivain, protestant, doté d'un esprit très vif et un brin aventurier, il n'hésite pas à tordre les convenances sociales, puisqu'il a même été jusqu'à épouser sa servante avec qui il eut un enfant. C'est un homme qui, s'il sait se montrer d'une détermination à toute épreuve, peut parfois aussi faire preuve d'une certaine souplesse et apporter plus de légèreté. Son demi-frère, John, catholique, qu'un remède pour sa vue rendit aveugle à l'âge de 19 ans, apparaît en revanche d'une intransigeance à toute épreuve. Il ne saurait compromettre les principes qui définissent leur mission et leur lutte contre les criminels. Moins susceptible de conciliation, il se montre souvent implacable, tempérant les impulsions de son frère. C'est en cela que ce duo fonctionne parfaitement à l'écran, chacun ayant besoin de l'autre pour se modérer et trouver le juste équilibre dans leurs réactions.

Au-delà du simple format de série policière qui nous propose une enquête différente à chaque épisode, la série s'interroge sur la mission de ces forces de l'ordre et esquisse une définition de la conception de la justice telle qu'on l'entendait au milieu du XVIIIe siècle, période transitoire s'il en est dans la façon d'appréhender la répression pénale. L'objectif des frères Fielding est avant tout de ramener, d'imposer l'ordre ; en d'autres termes, il s'agit de purger les bas-fonds de la cité pour sécuriser les vies et propriétés des "honnêtes gens". A travers l'exemple ainsi offert au téléspectateur, ce sont tant l'idéal de justice que les moyens pour mettre en oeuvre cet objectif qui soulèvent bien des questions. De plus, il est particulièrement intéressant de voir traiter la façon dont cette force policière est perçue. L'épisode 3 illustre cette problématique, s'interrogeant sur l'opportunité d'une organisation policière publique (le terme de "police" n'est jamais utilisé, renvoyant à l'idée honnie de "police politique"). Les constables corrompus, payés par les victimes, étaient rapidement devenus les complices, si ce n'est les organisateurs, des multiples vols commis dans la capitale anglaise. En échange d'une somme d'argent conséquente versée au constable du quartier, le riche particulier, dont les appartements avaient été vidés durant la nuit, voyait miraculeusement ré-apparaître tous ses meubles et tableaux. Une force de police financée par le Parlement vient logiquement perturber cet équilibre. Parmi toutes les problématiques esquissées au cours de la série, la question de l'opportunité de l'existence d'une police publique est logiquement récurrente. Nous sommes encore aux temps des esquisses du système, témoins privilégiés de ses balbutiements qui comportent des effets pervers entraînant tout sur leurs passages, coupables et victimes, dans une même déchéance. Le réflexe de se tourner vers cette force nouvellement créée n'est pas encore ancrée dans les habitudes ; chacun préfère, dans la mesure du possible, régler cela à sa manière, en privé. La dualité des rapports liant les habitants aux Bow street runners est particulièrement bien retranscrite, avec tous les enjeux que cette tentative comporte, notamment cet effort de construire leur légimité sur leur caractère irréprochable et incorruptible. C'est un des atouts de la série de ne pas tomber dans le piège qui aurait été de simplement délocaliser, dans le passé, des enquêtes policières.

Sur la forme, City of vice se révèle également très solide, contribuant parfaitement à l'immersion dans la violence de ce Londres miséreux. Fidèle à l'ambiance de la série, l'image reste toujours sombre (si bien que, parfois, un peu plus de couleurs n'aurait pas remis en cause cette tonalité). La réalisation est soignée, sans être théâtrale. Mais ce qui retient surtout l'attention et fait de la série une attraction fascinante pour qui s'intéresse à la ville de Londres, c'est l'effort de reconstitution de la cité du milieu XVIIIe siècle à partir d'une carte en 3D. Pour changer de lieux, le réalisateur promène sa caméra sur un plan du vieux Londres qui s'anime, dévoile ses impasses et découvre ses bâtiments en 3D, et par un nouveau fondu retrouver l'image réelle filmée. Ce travail, qui accentue l'impression d'être immergé dans cette cité, vaut vraiment le détour. D'autant que la voix de Henry Fielding se propose, en narrateur, de nous conduire à travers les tortueuses ruelles de la ville, nous renseignant sur les noms des quartiers, leur ambiance et ceux qui y vivent. Enfin, pour parachever cette immersion, la bande-son se compose de morceaux de musique classique très appropriés, utilisés sans excès, mais qui renforcent l'atmosphère historique.

L'ensemble est servi par un casting cinq étoiles, où les frères Fielding marquent tous deux l'écran. Certes, je vous avouerai que lorsque j'ai entendu, au cours de l'ouverture du premier épisode, la voix du chancelier Palpatine nous introduire dans les problèmes de criminalité de la capitale anglaise, cela m'a fait un peu bizarre ; mais c'est un premier réflexe de survivance Star Wars-ienne que j'ai vite dépassé. En effet, Ian McDiarmid (une fois que je me suis sortie de la tête qu'il s'agissait de l'Empereur) parvient pleinement à capter toutes les ambiguïtés de son personnage, naviguant avec subtilité entre sarcasme et ironie, versant dans la répartie facile. C'est un jeu toute en nuance, s'imposant pleinement à l'écran, qu'il nous propose, mettant parfaitement en valeur la complexité de Henry Fielding. En complément beaucoup plus rigide, mais offrant une performance toute aussi imposante, Iain Glen est également très convaincant. Le reste du casting, logiquement moins mis en avant, offre une assise solide au duo principal ; la série permettant même à certains de s'imposer dans certaines scènes particulières (comme Sean Francis, au cours de l'épisode 2, ou Peter McDonald en chef de gang irlandais appréciant les lettres, dans l'épisode 4).

Bilan : Très sombre, souvent glaçant, toujours intéressant et sans temps mort, City of vice parvient à captiver le téléspectateur en jouant pleinement sur un double aspect historique et policier, parfaitement servi par la densité et la richesse de l'univers londonien recréé. Le ton employé est rythmé, presque piquant, et ne tombe pas dans le théâtralisme excessif que l'on croise parfois dans les fictions de ce genre, tout en mettant bien en valeur l'effort de reproduction historique du XVIIIe siècle, dans les propos dans personnages comme dans les décors.
Loin de l'austérité que l'on aurait pu craindre au premier abord et agrémenté par une ambiance très sombre, relativement pessimiste sur la nature humaine, la série dépasse rapidement la simple reconstitution historique. Nous sommes bien dans une série policière noire, dénuée de tout manichéisme et sans pseudo "happy end" ; d'où un public visé sans doute plus large que les simples amateurs d'Histoire. City of vice aborde sans restriction la violence et les enjeux d'une époque, et essaie de retranscrire avec une certaine fidélité les moeurs de cette société urbaine du milieu du XVIIIe siècle (aussi contestables qu'elles puissent paraître à nos yeux modernes).
Cette série est une vraie bonne surprise, à découvrir sans hésitation.
Pour un aperçu vidéo, visionnez l'introduction de l'épisode contant la mise en place des Bow street runners :
17:23 Publié dans Bilans | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : channel 4, city of vice
05.03.2009
[Mini-série] Moses Jones [Bilan]
Cette review s'inscrit dans le cycle :

Dans le cadre de mon voyage télévisuel "A la découverte de Matt Smith", également intitulé "Apprenons à connaître le futur Doctor Who, 11ème du nom", BBC2 est venue apporter sa petite contribution à l'exercice au cours du mois de février. Il faut dire qu'étant donné la filmographie pas vraiment encore très étendue de l'acteur, même un rôle secondaire constitue en soi une expérience -même si Moses Jones n'est absolument pas une fiction centrée sur le personnage de Matt Smith, qui n'incarne que l'un des nombreux personnages secondaires dans la galerie des protagonistes de l'histoire.
Si dans cet affrontement hivernal entre deux mini-séries qualifiées -a priori du moins- de policières - Whitechapel et Moses Jones -, la première eut sans conteste ma préférence, il fallait quand même bien que je m'arrête le temps d'une brève note sur cette mini-série de BBC2. Et ce même si je reste avec cette review dans un domaine un peu confidentiel, car comme le dit si bien ma soeur, avec son tact habituel, qui, découvrant le sujet de la note en préparation, me gratifia d'un "mais il y a au moins quelqu'un, en France, qui sait que ça existe, ce truc ?". Et dire qu'à la suite, dans ce même mail, elle m'envoyait sa liste de desiderata en dernières séries japonaises (dont je suis sûre, les concernant, qu'elles n'arriveront jamais en France, elles !)...

Diffusée sur : BBC2 (Angleterre)
Du : 2 au 16 février 2009
Durée : 3 épisodes de 55 minutes.
C'est avec qui ?
Shaun Parkes (Harley Street), Wunmi Mosaku, Jude Akuwidike, Dennis Waterman (New Tricks) Matt Smith (Party Animals), Eamonn Walker (Oz), Indira Varma (Rome), Obi Abili, Christianne Oliveira, Tom Goodman-Hill (The Devil's Whore).
Ca parle de quoi ?
Le corps d'un homme est retrouvé mutilé dans la Tamise. L'enquête est confiée au DS Dan Twentyman. L'intrigue plongeant la police au sein de la communauté Ougandaise de Londres, le DI Moses Jones est rattaché à l'enquête, ses supérieurs espérant que ses origines pourront lui ouvrir certaines portes auprès d'immigrés Ougandais qui s'enferment dans la loi du silence. Confrontée à la peur et à la réticence de leurs interlocuteurs, la police s'intéresse de près à un nom qui revient souvent à leurs oreilles, un mystérieux Matthias.

Et alors, cette mini-série ?
Moses Jones n'est pas une mini-série policière au sens strict du terme, c'est-à-dire que son attrait principal ne réside pas tant dans l'enquête policière que nous suivons au cours des trois épisodes, que dans l'immersion au sein de la communauté Ougandaise de Londres ; un monde relativement inexploré dans le petit écran, dont le meurtre commis va permettre d'ouvrir les portes en déclenchant l'enquête policière.
Si les ficelles du scénario sont très classiques, Moses Jones va trouver son originalité et, surtout, une identité propre dans cette société qu'elle choisit de mettre en scène. Loin des lieux symbolisant habituellement la capitale britannique et sans cette atmosphère british caractéristique, c'est une autre face de Londres qui nous est présentée. Une face bien plus rarement mise en avant que la mini-série a le mérite de vouloir explorer. Ainsi, c'est dans une ambiance africaine que nous nous retrouvons immergés. Dans ce métissage des cultures, où le lien avec ses origines est cultivé, les protagonistes y caressent l'espoir de toucher un jour le Graal que constitue l'acquisition de papiers britanniques. Un véritable microcosme de leur pays d'origine s'est ainsi recréé dans ce quartier londonien. Mais de leur terre natale, les immigrés n'ont pas seulement emmené avec eux leurs souvenirs, leur musique et leurs traditions. Les tragédies du passé, les blessures et les rancoeurs, ont également traversé les mers, reproduisant en Angleterre, les mêmes crispations et oppositions, entre les mêmes protagonistes. Dans ce cadre communautaire où les oppositions se jouent dans un vase-clos et où se multiplient les non-dits et les références incompréhensibles aux intervenants extérieurs, c'est la mort de l'oncle d'une jeune prostituée Ougandaise qui va précipiter un engrenage de violence et mettre à jour bien des tensions. L'impossibilité d'échapper au poids de son passé, de ses origines, semble également être un thème de réflexion pour les scénaristes, chacun réagissant aux évènements en se repliant sur des réflexes qui conduisent à l'escalade.

Ce cadre communautaire et l'exposé des forces le régulant permettent d'introduire la seconde grande thématique, malheureusement beaucoup moins bien maîtrisée sur le fond : celle de la définition de son identité par le rapport à ses origines. Si la mère de Moses Jones est arrivée d'Ouganda, ce dernier a toujours été londonien et n'a aucune réelle connexion avec le pays de ses parents, quoiqu'en pensent ses supérieurs au sein de la police qui l'assignent d'office à cette affaire en raison de ce passé, afin d'assister le DS déjà en train d'enquêter. Le cadavre atrocement mutilé et recousu retrouvé encastré dans une valise et jeté dans la Tamise, va servir avant tout de catalyseur aux évènements. Il est notre voie d'introduction dans la communauté ; il est également l'évènement qui va perturber l'équilibre fragile qui y règne. Les scénaristes nous donnent à certains moments l'impression de vouloir instrumentaliser cette affaire comme un moyen pour Moses Jones de se reconnecter avec des origines oubliées. Mais leurs priorités souffrent d'une inconstance chronique, doublée d'une maladresse un peu confuse. Ils ne parviennent ainsi pas à mêler tous les genres vers lesquels ils semblent vouloir tendre, trop ambitieux ou trop incertains sur l'orientation choisie pour la mini-série. En alternant ainsi les approches, qu'elle soit plutôt policière ou plutôt sociologique, sans trouver une réelle homogénéité, la qualité d'ensemble s'en ressent fortement. Irrégulière, la fiction alterne entre des scènes très bien écrites, caractérisant bien l'ambiance particulière de la série, et des scènes beaucoup plus rapides qui donnent l'impression désagréable d'être bâclées. De cette progression en dents de scie ressort une certaine frustration et une perte de rythme dommageable pour l'intérêt du téléspectateur. Le potentiel du concept étant pleinement perçu, mais les hésitations chroniques des scénaristes l'empêchant d'être pleinement apprécié et exploité.

Si l'intensité de la mini-série se révèle donc inégale sur le fond, en revanche, le casting est très homogène et globalement solide. Je garde quand même certaines réserves concernant l'interprétation du héros, Shaun Parkes, qui, s'il négocie bien certaines scènes, manque vraiment de présence dans d'autres. Dans la galerie des personnages secondaires, Wunmi Mosaku, qui incarne Joy, la prostituée dont l'oncle a été tué, est celle qui accapare véritablement l'écran, s'imposant progressivement comme un des atouts de la mini-série ; son personnage prenant de l'importance au fil des épisodes, elle nous en livre une interprétation convaincante. D'un point de vue plus sentimental, cela fait également plaisir de croiser diverses têtes connues du sériephile, tel Eamonn Walker dont se souvient tout fan de Oz, ou encore Indira Varma (Rome). Enfin, évidemment, puisque cette mini-série entre le cycle "A la découverte de Matt Smith", un petit mot sur ses quelques scènes dans lesquelles il assure une dynamique répartie face à Moses Jones. Son personnage n'est pas vraiment développé, mais il joue dans un registre plus grave que les autres rôles dans lesquels j'ai pu le voir. En tout cas, il parvient bien à mettre en valeur le dualisme dont son personnage fait preuve, suivant qu'il parle avec Moses Jones, ou avec son supérieur hiérarchique -il est beaucoup plus mesuré et neutre avec ce dernier ; ce qui prouve que l'acteur est capable de jouer sur plusieurs registres en les enchaînant sans sourciller. Reste qu'à l'écran, j'ai eu l'impression d'être désormais habituée à Matt Smith, aux intonations particulières de son accent, et à ses mimiques récurrentes. Mes efforts de préparation psychologique ne seraient donc pas vains !

Bilan : Moses Jones est avant tout une mini-série d'ambiance qui a le mérite de nous plonger dans un Londres que l'on n'a pas l'habitude de voir mis en scène. Souhaitant manifestement s'interroger sur la question du rapport à leurs origines des immigrés, ainsi que sur les logiques régissant la reconstitution d'un microcosme communautaire, la mini-série n'atteint jamais véritablement son but, en raison d'une écriture trop inconstante. Les scénaristes ne semblent jamais avoir véritablement tranché l'orientation de leur mini-série, mêlant ces thématiques identitaires avec le fil rouge de l'enquête, de façon parfois un peu maladroite et pas vraiment homogène. Il manque quelque chose au scénario pour créer ce liant qui permettrait d'exploiter le potentiel que l'on entre-aperçoit par moments.
En somme, Moses Jones est une mini-série qui pourra intéresser ceux qui veulent découvrir une face moins touristique de Londres, ainsi que ceux qui s'intéressent à des essais de réflexion sur les dynamiques régulant une communauté sur laquelle pèse le poids d'un passé sanglant. Mais l'écriture inégale des scénaristes laissera un sentiment d'inachevé auquel il faut se préparer, comme s'ils n'avaient été en mesure d'aller véritablement au bout de leurs idées, de leur concept.

En vidéo, une petite présentation de la série à travers les explications de Shaun Parkes et Matt Smith :
Lectures complémentaires - A lire sur le sujet dans la blogosphère sériephile :
- La review d'ensemble sur Critictoo.
21:48 Publié dans Mini-séries | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : moses jones, bbc, matt smith, mini-série
02.03.2009
Party Animals [Bilan]
Cette review s'inscrit dans le cycle :

Une fois l'annonce de l'identité du 11ème Docteur faite par la BBC, en janvier, j'avais profité de mes achats post-Noël sur un site de vente britannique de plusieurs saisons de Spooks en DVD (vu les prix et le contenu des coffrets français), pour faire rapatrier en même temps le coffret DVD des 8 épisodes que comporte la brève série Party Animals ("La Jungle du Pouvoir" ajouté en sous-titre en VF). Parce qu'un rapide passage en guest-star dans The Secret Diary of a call girl était un peu trop mince à mon goût. D'autant que je n'avais pas envie de revisionner l'épisode en question. Et puis, je n'avais pas non plus le coeur de le voir s'enamourer avec Rose Billie Piper.
Donc Party Animals semblait le choix tout indiqué pour entamer le voyage "A la découverte de Matt Smith". En plus, une série qui se déroule dans les coulisses de Westminster (vous connaissez mon attrait pour tout ce qui touche à la politique), cela valait bien un investissement en aveugle (D'ailleurs -rien à voir mais puisqu'on parle des coulisses du Parlement britannique- mais pourquoi est-ce que The Project (aka Les années Tony Blair) n'est jamais sorti en DVD nulle part ? *se lamente*).

Diffusée sur : BBC2 (Angleterre)
Date de diffusion : Hiver 2007
Nombre d'épisodes : 1 saison (8 épisodes)
C'est avec qui ?
Patrick Baladi (No Heroics, The Office UK), Andrew Buchan (The Fixer), Clemency Burton-Hill, Pip Carter, Raquel Cassidy, Shelley Conn (Dead Set, Mistresses), Andrea Riseborough (The Devil's Whore), Colin Salmon, Matt Smith (Moses Jones), Peter Wight.
Ca parle de quoi ?
Party Animals nous plonge dans les coulisses du Parlement britannique, où l'on suit les défis que doit relever une nouvelle génération de politiciens, qu'ils soient représentants parlementaires, assistants ou lobbyistes.

Et alors ?
Party Animals est une série qui se révèle dynamique et volatile, alternant légèreté et drama de façon parfois un peu brouillonne, mais en suivant une irrésistible marche en avant dans laquelle il est aisée de se laisser entraîner. Au fil des épisodes, la série se fixe progressivement en trouvant un ton qui lui correspond. Ayant initialement joué sur tous les tons, en quête d'un équilibre, elle s'installe peu à peu dans une ambiance soapesque très légère et rythmée qu'elle assume avec un certain enthousiasme.
Mettant en scène des trentenaires sexy et carriéristes, Party Animals nous entraîne dans les coulisses virevoltantes et traîtres du Parlement britannique. Ce n'est pas une série politique au sens strict du terme. Si elle aborde effectivement des sujets dits "sérieux" (exemple du premier épisode relatif aux ABSO), ces derniers constituent avant tout une toile de fond, permettant de redistribuer les cartes entre les différents protagonistes et d'arbitrer les rapports de force. En effet, Party Animals évolue principalement dans la sphère de la politique politicienne romancée, où les relations (sexuelles ou non) entre les acteurs de ce monde rythment la série, focalisant l'attention des scénaristes. Les rouages du système politique britannique sont entrevus sans réel souci pédagogique. Mais l'enjeu n'est pas là, et je ne pense que quelqu'un sans connaissance aucune du fonctionnement de la démocratie anglaise se formalise vraiment des explications minimalistes qui sont proposées ; d'autant que nous restons dans des domaines pas trop pointus et relativement universels (investiture, gestion d'une campagne...). Grâce au ton assez léger, le téléspectateur s'attache rapidement aux différents personnages. Cela permet de s'intégrer facilement dans cette ambiance, certes parfois assez caricaturale et superficielle, mais qui n'est pas dénuée de charme. Finalement, si la série ne brille pas par la rigueur ou la densité de son fond, elle tire son épingle du jeu par son dynamisme ambiant qui ne se dément pas. Le coktail prend bien. Mais si la glace est vite brisée avec le téléspectateur, Party Animals ne dépasse jamais le stade du simple divertissement presque sans conséquence.

L'un des plus atouts les plus solides de la série réside incontestablement dans son casting. Ce n'est pas un hasard si un certain nombre de ses acteurs principaux se sont vus confiés par la suite les clés d'une série. L'enthousiasme d'ensemble est contagieux et sert bien les acteurs. Ainsi, je serais tentée de dire qu'Andrew Buchan s'en sort mieux dans ce registre de lobbyste arrogant, véritable womanizer, que dans le rôle du tueur troublé qu'il incarne dans The Fixer sur ITV, mais cette impression résulte peut-être de l'écriture parfois un peu lourde de cette dernière. Ces quelques épisodes m'ont confirmée tout le bien que je pensais d'Andrea Riseborough (pleinement appréciée dans The Devil's Whore l'automne dernier) qui joue habilement sur une indolence moqueuse et pragmatique absolument charmante. Ce fut aussi l'occasion de découvrir Shelley Conn, qui jusqu'à présent avait la particularité d'avoir surtout tourné dans des séries que je ne connais que de nom, telle Mistresses. Enfin, évidemment, il faut examiner le "cas" Matt Smith, notre futur Doctor Who version Steven Moffat. Il incarne de façon très convaincante un jeune homme un peu geek, assez effacé, un brin maladroit, très idéaliste, et particulièrement persistant en amour comme au travail. Il manque à son personnage l'excentricité propre au docteur qu'il lui faudra porter, mais cette première véritable introduction m'a relativement convaincue sur les talents d'acteur de Matt Smith. D'autant qu'il sait très bien jouer sur un certain maniérisme qui collerait bien au Docteur. Bref, pour cette première rencontre, le résultat fut concluant.

Bilan : Party Animals est un mélo-soap politique rythmé qui apporte un côté très rafraîchissant au petit écran, sans révolutionner en aucune façon ce genre. Cette brève série de huit épisodes évolue sur des sentiers balisés, mais il est aisé de s'y laisser entraîner sans arrière pensée. Ce n'est pas une série "politique" dans le sens classique du terme, puisque l'univers politique sert avant tout de catalyseur aux intrigues, aux rapports de force et aux relations entre les personnages.
Au final, Party Animals est un divertissement qui s'assume pleinement, porté par un dynamisme parfois maladroit et excessif, aux dialogues pas toujours bien dosés, mais qui capitalise sur la sympathie que les personnages acquièrent rapidement, quelque soit leur camp, travailliste ou conservateur. Si la série n'a rien d'indispensable, elle vous permettra sans doute de passer un moment de détente sympathique et sans conséquence afin de se changer un peu les idées -ce qui n'est déjà pas si mal.
Pour un aperçu, voici un petit extrait vidéo du premier épisode (avec Matt Smith) :
19:09 Publié dans Bilans, Divers | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : bbc, party animals, matt smith
01.03.2009
[Mini-série] Whitechapel [Bilan]
Les anglais aiment bien rejouer de nos jours des histoires passées : les essais, de Jekyll au projet sur Sherlock Holmes de la BBC, le prouvent. Whitechapel s'inscrit dans un schéma un peu similaire, puisqu'il s'agit pour la mini-série de faire revivre le mythe glaçant de Jack the Ripper (Jack l'Eventreur, en français) alors qu'un copycat du célèbre serial killer se met à sévir dans le quartier londonien de Whitechapel, théâtre des meurtres sanglants un siècle plus tôt.
ITV s'étant en plus assuré les services de Rupert Penry-Jones, il était absolument hors de question que je ne sois pas devant mon petit écran pour découvrir cette mini-série policière (et ce même si le futur Doctor Who -Matt Smith- officiait dans une autre mini-série policière, à la même heure, sur BBC2). Il faut savoir choisir l'ordre de ses priorités ! Si les questions de chiffres vous intéresse, je vous renvoie aux audiences comparées, exposées sur Critictoo (Mais BBC2 a logiquement une audience moindre par rapport à ITV1).

Diffusée sur : ITV (Grande-Bretagne)
Du : 2 au 16 février 2009
Durée : 3 épisodes de 45 minutes
Ca parle de quoi ?
Dans le quartier de Whitechapel, un tueur semble reproduire avec exactitude les meurtres commis un siècle plus tôt par le serial killer qui a marqué de son empreinte sanglante l'histoire criminelle du XIXe siècle, Jack l'Eventreur.
C'est avec qui ?
Rupert Penry-Jones (Spooks), Philip Davis, Steve Pemberton.
Et alors, cette mini-série ?
Whitechapel, c'est avant tout un véritable "Ripper Tour", tant touristique, historique que criminel, qui permet de construire l'identité de la mini-série et constitue un de ses attraits majeurs, tout en contribuant à certaines des limites scénaristiques de la fiction. En effet, l'idée de recréer le mythe criminel de Jack l'Eventreur par le biais d'un tueur reproduisant méthodiquement chacun des meurtres était un concept de base suffisamment fort pour porter une partie de l'intérêt de l'intrigue, mais l'histoire a déjà été une première fois écrite. Si elle a, certes, ses interprétations discordantes, il reste que le danger était de tomber dans une simple redite modernisée, une transposition qui amoindrirait d'autant le suspense et la tension de l'intrigue. Whitechapel n'échappe pas à cet écueil qui pèse sur l'ensemble de la mini-série, où les policiers, avec toutes leurs connaissances sur les meurtres passées, semblent invariablement -et de façon frustrante pour le téléspectateur- incapables de se détacher des mêmes errances qui avaient dérouté leur institution un siècle plus tôt. Pourtant, la mini-série se révèle comme ayant incontestablement les "qualités de ses défauts" (ou vice-versa, c'est selon). Effectivement, nous est proposée une immersion dans ces meurtres perprétés il y a 120 ans, minutieusement reproduits par un copycat qui entend non seulement répété ces oeuvres sanglantes, mais qui cherche également à recréer une ambiance similaire, égarant la police sur les mêmes fausses pistes. Tout cela s'avère intriguant, parfois glaçant -la mini-série n'hésitant pas à user et abuser du récit morbide des détails des mutilations subies par les victimes, signatures du serial killer. Si bien que l'intrigue s'oriente peu à peu vers une forme de double enquête, où l'enjeu va être de choisir la version de l'histoire de Jack l'Eventreur que le tueur actuel suit.

Cependant, les scénaristes s'avèrent incapables d'exploiter pleinement ces fondements très riches. Si elle avait bénéficié d'une écriture plus subtile et moins empreinte de cette excessivité, naïve ou maladroite, la mini-série aurait pu être excellente ; elle restera simplement une fiction policière efficace, correcte mais sans marquer son genre. Les personnages, s'ils se révèlent à terme plutôt attachants, incarnent chacun une caricature, dont les oppositions sont attendues et prévisibles. Les dialogues restent sur ces mêmes chemins parfaitement balisés, laissant peu de place à la surprise ou à la moindre originalité. Cette absence de prise de risque frustre quelque peu le téléspectateur qui aurait sans doute aimer que l'ensemble sonne un peu plus vrai. Cela manque de fraîcheur, de spontanéité. D'autant que, sur la forme, la mini-série suit une construction similaire, car c'est un peu le même reproche qui peut être fait au réalisateur. Il y a une volonté manifeste de créer une identité esthétique et visuelle propre à la mini-série. Mais cela le conduit à abuser de toutes sortes de flashs de l'assassin parcourant les rues sombres de Whitechapel, comme pour tenter maladroitement de distiller une ambiance sombre et glauque... Les efforts sont louables, mais l'objectif n'est pas vraiment atteint. Même remarque concernant la bande-son, une mélodie au piano le plus souvent, qui dénote bien la volonté de finaliser cette fiction sur laquelle la chaîne comptait (à juste titre). Mais cela conduit à une sur-utilisation pas toujours bien dosée. Les moments adéquats où la musique aurait réellement confèrer une dimension supplémentaire aux scènes se noient un peu dans l'ensemble...
Cette excessivité explique la sensation de caricature dont certains passages souffrent. Pour autant, après un début un peu poussif, le téléspectateur intègre bien les enjeux et finit par s'attacher à ces personnages, caricaturaux mais humains. Le duo, maintes fois répété à l'écran, entre un jeune responsable de l'enquête, privilégié carriériste parachuté au milieu d'un groupe uni de policiers qui ne viennent manifestement pas du même milieu social, et un vieux flic expérimenté qui regarde de haut son nouveau supérieur, fonctionne comme toute recette vieille recette bien calibrée. La frustration d'être cette route tant de fois suivie s'efface peu à peu derrière cet attachement aux personnages qui se développe. Rupert Penry-Jones incarne un personnage à des lieues de son personnage de Spooks : c'est un commissaire (DI) coincé et maniéré, rempli d'hésitations, il navigue entre son besoin de contrôler et une volonté de s'affirmer. A côté du duo principal, l'équipe de policiers nous offre des rôles secondaires très complémentaires, qui confèrent un certain équilibre aux relations entre les personnages.

Ainsi aidée par cet aspect plus sentimental, Whitechapel se suit avec un intérêt jamais démenti. Certes, la mini-série n'atteint jamais l'intensité et le suspense auxquels on aurait pu légitimement s'attendre. Il y a une forme de prévisibilité inhérente au style de narration adopté et un manque de suspense du à ce format bien encadré de trois épisodes. Mais tout s'enchaîne efficacement. Le récit est rythmé, l'évolution des personnages comme de l'enquête s'avère prenante. Si bien que sans marquer, c'est un bon moment que le téléspectateur passe devant son petit écran.
Bilan : Si Whitechapel ne manque pas de maladresses assez frustrantes, tant sur le fond que sur la forme, mêlant excessivité et prévisibilité, il est pourtant au final assez aisé de se laisser happer dans cette histoire policière de facture somme toute très classique, mais qui bénéficie d'un concept de départ capitalisant un intérêt certain. Ayant regardé tout à la suite, cela m'a sans doute permis d'éviter certaines limites inhérentes au format en trois épisodes dans la construction de l'enquête ; mais j'ai passé une bonne soirée, de plus en plus prise dans l'atmosphère de la série au fil des épisodes.
En somme, une mini-série qui devrait convenir aux amateurs de fiction policière efficace, également à ceux que l'histoire de Jack l'Eventreur intéresse, et enfin aussi pour les fans de Spooks à qui Rupert Penry-Jones manque.
(Comme cela devient une habitude) Une petite interview du toujours charmant Rupert Penry-Jones sur le sujet :
Lectures complémentaires - A lire sur le sujet dans la blogosphère sériephile :
- Le bilan global de Carole sur Critictoo.
PS : Vous remarquerez encore une fois que mon écriture sur ce blog fonctionne par "impulsion". Entre des périodes de silence et d'autres où plusieurs notes s'enchaînent en quelques jours. C'est une question d'intensité au boulot (et de fatigue -qui va avec-) avant tout.
Cette publication erratique va donc continuer ainsi. Je m'en excuse, mais je préfère mettre en ligne des critiques globalement finalisées et soignées, avec un style d'écriture à peu près correct (ou du moins "acceptable"), plutôt que de rechercher la quantité qui m'amènerait à bâcler mes billets (surtout que pour les semaines où je suis complètement abrutie de travail, ça ne serait probablement pas fameux, voire catastrophique).
Je vous remercie de votre compréhension/patience, chers lecteurs. ^^
14:00 Publié dans Mini-séries | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : whitechapel, mini-série, itv



































